Tout est pardonné

Mia Hansen-Love

France

2007, 105 minutes

 

Premier film exemplaire et passage réussi derrière la caméra pour cette critique des Cahiers du cinéma. Sous ce titre limpide et sans équivoque se cache un drame beaucoup plus complexe que ce qu'il annonçait, et évoquant avec une pudeur sensible la tragique histoire d'une famille déchirée par un père fragile et instable qui sombre dans le désarroi psychologique et la dépendance aux paradis artificiels, entraînant ainsi sa femme et leur enfant dans un chaos affectif. Privilégiant un traitement elliptique qui évacue toute forme de pathos, la jeune cinéaste découpe son premier long métrage en trois segments distincts. D'abord à Vienne, lieu des premiers signes annonciateurs du drame, puis à Paris, espace de la crise, dans un deuxième temps, puis du dénouement, triste mais également lumineux.

 

Contrairement à l'approche attendue face à ce sujet, Tout est pardonné évite soigneusement toute forme de misérabilisme. Le film est composé en faux-fuyant face aux ressorts sordides et mélodramatiques qui sont habituellement utilisés pour décrire les ravages de la drogue et la décomposition familiale qui s'ensuit. La cinéaste évite ainsi de juger ce père incompréhensible, magistralement interprété par Paul Blain, dont le jeu sensible et intériorisé atteint une grande justesse d'émotion. Cet homme destructeur, mais aussi capable de moments d'amour et de tendresse, se dérobe littéralement devant sa femme et sa fille. Inexplicable et déroutante, sa faiblesse en deviendra tout à la fois condamnable et attendrissante aux yeux du spectateur. Fort de cette excellente interprétation, le film de Mia Hansen-Love convainc également grâce à la justesse de sa construction narrative, qui désamorce avec une splendide efficacité les scènes difficiles. À mi-chemin entre une approche réaliste et un traitement intellectualisé, la cinéaste construit patiemment une lente et très prenante émotion, qui sourd enfin dans un dernier acte bouleversant. Tout est pardonné trouve toute sa force de conviction dans l'économie émotive et l'approche toute personnelle d'une jeune cinéaste pleine de talent et de promesses.

Vu au Festival du nouveau cinéma 2007

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