Les 25 meilleurs films de l'année 2007
C'est bien connu : le cinéphile obsessif est féru de listes. Et chaque fin d'année nous convie à une pléthore de listes récapitulatives. Travelling Avant ne sera pas en reste. Le moment est venu de faire le point sur l'année cinéma 2007. Et si la séparation du bon grain de l'ivraie n'est pas toujours une sinécure, effectuer un classement des meilleures expériences cinématographiques des douze derniers mois peut s'avérer encore plus ardu. Mais l'exercice a sa pertinence, et il permet de revisiter nos coups de coeur avec une certaine perspective Premier constant en dressant la liste : 2007 fut une année particulièrement riche. Tellement qu'il a été impossible de se limiter à 10 ou 20 films sans générer des oublis déchirants. Voici donc, en toute subjectivité bien entendu, notre liste des 25 meilleurs films de l'année, tous horizons et genres confondus. Les films retenus ont été visionnés lors de leur sortie en salle, lors de festivals ou en DVD. Plusieurs des films sélectionnés ont paru initialement en 2006, mais n'ont été disponibles qu'en 2007.
25
Nicolas Klotz
France
Souhaitant décortiquer le malaise pathologique du fonctionnement des grandes entreprises, Nicolas Klotz nous convie à une plongée philosophique vertigineuse dans les méandres existentiels d'un psychologue enquêtant sur le comportement inquiétant d'un dirigeant. Le résultat est une expérience de cinéma dense, tendue et viscérale qui bouscule les repères du spectateur. Une oeuvre exigeante et éprouvante, que l'on n'est pas prêt d'oublier.
24
Zodiac
David Fincher
États-Unis
Avec ce passionnant thriller sous forme d'enquête policière et journalistique, Fincher réinvente le film de tueur en série et renouvelle son style en profondeur, et offre une brillante méditation sur la paranoïa médiatique. Grâce à une admirable direction d'acteurs, une reconstitution d'époque impeccable et un scénario à la construction exemplaire, le réalisateur de Fight Club dévoile ici un tout autre aspect de son talent.
23
Grindhouse
Robert Rodriguez (Planet Terror) /Quentin Tarantino (Death Proof)
États-Unis
Hommage jubilatoire au cinéma d'exploitation des années soixante et soixante-dix. Inexplicablement, le public n'a pas suivi. Pourtant, on se délecte de chaque seconde de l'assaut trash et décapant de Planet Terror tout autant que l'on savoure la relecture féministe délirante du film de poursuite avec Death Proof. Avec en prime, des pastiches hilarants de bandes annonces. On en redemande - et on attend une sortie DVD qui rende justice à ce projet tel qu'il a été conçu initialement.
22
Stéphane Lafleur
Canada
Le meilleur film québécois de l'année est un portrait mélancolique, absurde et émouvant d'individus tourmentés par les affres de la solitude et de l'incommunicabilité. Le premier long métrage de Stéphane Lafleur est un coup de maître, en directe filiation avec un certain cinéma scandinave minimaliste et hyperréaliste. Avec une superbe direction photo, des acteurs formidables et une composition sonore ahurissante.
21
Tekkon Kinkreet
Michael Arias
Japon
Un autre bijou d'animation japonaise atypique conçu par le Studio 4C. Les tribulations de deux enfants de la rue aux prises avec une bande de truands offrent des péripéties captivantes et des trésors d'imagination, avant de laisser place à des moments de grande émotion et d'une étonnante profondeur. Une merveille sur le plan visuel, plus poétique que le psychédélique et effréné Mindgame, avec des personnages attachants et une excellente trame sonore signée Plaid.
20
Céline Sciamma
France
Un premier film tout en mystère et en sensualité portant sur l'éveil sexuel de jeunes adolescentes. Le style très personnel de la cinéaste Céline Sciamma évoque The Virgin Suicides, et capte avec une grande justesse les malaises et les angoisses du passage à l'âge adulte. Une oeuvre audacieuse et sensible sur le désir au féminin, noyée dans une atmosphère troublante et portée par une fascinante symbolique aquatique.
19
Shane Meadows
Royaume-Uni
En partie autobiographique, ce portrait de la jeunesse anglaise défavorisée sous le règne de Margaret Thatcher propose une incursion authentique dans le milieu des skinheads, et illustre la montée d'idées réactionnaires et racistes parmi certains d'entre eux. Entre le réalisme engagé de Ken Loach et Les Quatre Cents Coups, Shane Meadows dresse une chronique sociale riche en complexité psychologique et d'une grande sincérité, tandis que le jeune Thomas Turgoose et Stephan Graham y vont d'une interprétation bouleversante. L'un des cinéastes les plus prometteurs à émerger d'Angleterre.
18
David Cronenberg
Royaume-Uni / Canada
L'un des plus grands cinéastes en activité poursuit son parcours sans faute et revisite ses thèmes de prédilection avec ce thriller situé dans le milieu de la mafia russe de Londres. Toujours aussi à l'aise dans l'univers torturé du cinéaste, Viggo Mortensen offre une autre performance renversante et inspirée, tout comme un Vincent Cassel méconnaissable. Invariablement fascinant,
17
Takashi Miike
Japon
Le maître nippon de la provocation et de l'ultraviolence effectue un virage à 180 degrés et propose une expérimentation poétique insaisissable qui évoque le Dogville de Lars von Trier et le Taboo de Nagisa Oshima, sur fond de drame passionnel homosexuel. Du même coup, il signe l'un de ses films les plus énigmatiques et fascinants, un objet cinématographique non identifié qui tend vers l'abstraction et la bizarrerie contemplative. Crypté et symbolique, c'est le versant cinéma d'auteur de Takashi Miike, avec de splendides images insolites.
16
Persepolis
Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud
France
L'adaptation cinématographique de la bande dessinée de Marjane Satrapi est un véritable régal pour les yeux et pour l'esprit. En nous racontant de manière très imagée et avec un humour irrésistible et décapant son enfance et son adolescence dans l'Iran intégriste des années quatre-vingt puis en exil en Europe, Marjane Satrapi nous donne une véritable leçon d'histoire, doublée d'une passionnante chronique sociale et familiale, abordée sous une réjouissante perspective féministe, sans prêchi-prêcha ni misérabilisme. C'est drôle, émouvant, inspirant et admirablement bien écrit. Une dénonciation des régimes totalitaires de grande valeur et une animation d'une qualité exceptionnelle.
15
Shinya Tsukamoto
Japon
On nous avait annoncé un film plus accessible, voire "commercial" de Shinya Tsukamoto. Nightmare Detective démarre effectivement à la manière d'un thriller d'épouvante particulièrement sordide, sanglant et viscéral qui n'est pas trop éloigné de ce à quoi nous ont habitué les conventions du J-Horror. Mais le génial Tsukamoto ne saurait se contenter de réaliser un simple film de tueur en série mâtiné de surnaturel. Incarnant lui-même un individu énigmatique hantant les rêves d'inconnus pour mieux les pousser au suicide, il persiste et signe dans une deuxième partie complètement disjonctée qui bascule dans l'expérimentation glauque et les visions hallucinées chères à son auteur. Les inconditionnels retrouveront avec un plaisir certain l'univers macabre et la virtuosité cinématographique d'un Tsukamoto en grande forme; les nouveaux venus en sortiront certainement décoiffés et interloqués.
14
Ex Drummer
Koen Mortier
Belgique
Le premier long métrage de Koen Mortier est un formidable crachat au visage du bon goût et de la décence. Brutal et choquant dans son illustration d'une violence et d'une sexualité totalement dépravées, ce cocktail molotov est une décharge nihiliste nourrie par un humour ravageur et une poésie décadente, d'une férocité absolue, en directe filiation avec C'est arrivé près de chez vous, dont il est un digne héritier. Filmée avec une grande audace formelle, portée par des dialogues époustouflants et une trame sonore rock'n roll à tout casser, voilà une sérieuse découverte pour les cinéphiles amateurs de sensations fortes et d'expériences extrêmes, à faire passer Trainspotting pour de la purée pour bébés. Film culte en devenir.
13
Ulrich Seidl
Autriche
Le petit théâtre de la misère humaine de l'inimitable Ulrich Seidl est de retour, à la croisée du documentaire bizarroïde et de la fiction hyperréaliste basculant dans le sordide. Toujours aussi impitoyable et attentif au côté grotesque et dégradant de l'humanité, il propose un va-et-vient narratif prenant la forme de deux trajectoires opposées, dans un aller-retour entre l'Ukraine et l'Autriche, où deux personnages errent à la recherche d'une vie meilleure. Remarquable composition formelle, humour noir et désespéré, interprétation désarmante d'acteurs non-professionnels et une grande empathie envers la détresse et l'indigence sont au rendez-vous. Une formidable réflexion sur le sexe, la vieillesse et la mort, avec une égale dose de dépravation, de voyeurisme et de profonde humanité.
12
Patrick Tam
Hong Kong
Avec cette première réalisation après une absence de 17 ans, Patrick Tam signe un mélodrame hanté et bouleversant sur les relations père-fils. Avec de magnifiques images lyriques tournées en Malaisie, ce récit d'une famille brisée par un homme irresponsable et caractériel est marqué du sceau d'une douleur et d'une tristesse infinies. Aaron Kwok y trouve le rôle de sa carrière. Un tout autre visage du cinéma de Hong Kong.
11
Jia Zhang-Ke
Chine
À mi-chemin entre le documentaire à portée sociale et la chronique contemplative à la Hou Hsiao-Hsien, le chef de file de la nouvelle génération de cinéastes chinois s'interroge sur la modernisation effrénée de son pays. Un homme et une femme hantés par leur passé se croisent, sur la scène d'un théâtre démiurgique : le barrage des Trois-Gorges. Des images d'une splendeur hypnotique et une mise en scène majestueuse donnent un souffle poétique considérable à ce portrait d'une Chine en profonde mutation.
10
Guy Maddin
Canada
Le plus excentrique des cinéastes canadiens signe son film le plus personnel à ce jour avec cet inclassable délire en noir et blanc qui collisionne le documentaire, l'autobiographie et le surréalisme le plus débridé. Une narration absolument mémorable, effectuée par Maddin lui-même, est au coeur de ce portrait amour/haine d'une ville quelconque qui devient le théâtre d'expression des fantasmes d'un artiste émérite. En réglant ses comptes avec ses démons familiaux et sa ville natale, Guy Maddin a conçu une expérience cinématographique jubilatoire, un objet unique qui défie toute catégorisation. Un artiste au sommet de son art et de son inspiration.
9
Anton Corbijn
Royaume-Uni
Le photographe Anton Corbijn reconstitue avec une élégance funèbre et élégiaque le destin tragique du regretté Ian Curtis, leader de Joy Division. Refusant la célébration racoleuse du biopic traditionnel, son portrait de l'époque et de la vie personnelle tourmentée du chanteur est empreint de respect et de pudeur. Oscillant entre le réalisme distancié et la stylisation catatonique, le film épouse à la perfection le rythme et les atmosphères des musiques délétères du groupe. Les scènes musicales sont ahurissantes d'authenticité, et Sam Riley est littéralement hanté par le fantôme de Curtis dans le rôle titre. Les fans n'auraient pas pu rêver d'un meilleur hommage.
8
Christian Mungiu
Roumanie
La Palme d'or de 2007 est un pur moment de cinéma vérité fait de longs plans séquences d'une rigueur ahurissante. Sous la Roumanie de Ceaucescu, deux jeunes femmes sont confrontées aux terribles répercussions que peuvent engendrer un avortement clandestin. On admire la précision clinique de la mise en scène et le travail admirable des acteurs - en particulier Anamaria Marinca, véritable révélation - mais on est surtout pris aux tripes par ce suspense angoissant qui fait déjà figure de classique du réalisme engagé, digne des meilleurs films des frères Dardenne. Une découverte colossale et un pur joyau de la nouvelle vague du cinéma roumain.
7
Lee Chang-dong
Corée du Sud
Une performance d'actrice qui laisse le souffle coupé, judicieusement récompensée de la palme de la meilleure actrice au festival de Cannes. Jeon Do-yeon habite le quatrième film de Lee Chang-dong de toutes les pores de sa peau. Tout en sueur et en larmes, son portrait de femme ravagée par le destin est aussi impressionnant que renversant. Ce qui ne saurait faire oublier les autres qualités - nombreuses - du meilleur film sud-coréen de l'année : un scénario complexe et déroutant, basculant du drame social au thriller sans crier gare, fait de multiples cassures inattendues; une mise en scène sobre mais nerveuse et inspirée; et des thématiques denses et difficiles - la spiritualité, la rédemption, la résilience - abordées avec une intelligence exceptionnelle. Secret Sunshine marque le très grand retour de Lee Chang-dong à la réalisation, après deux années passées à titre de ministre de la Culture. Indéniablement l'un des meilleurs et des plus exigeants cinéastes de son pays.
6
Memories of Matsuko
Tetsuya Nakashima
Japon
Entre le mélodrame kitsch, la pop bonbon nipponne et la saga familiale tragique, ce film propulse Tetsuya Nakashima au panthéon des plus intéressants cinéastes japonais de l'heure. Véritable coup de coeur, l'épopée de la pauvre Matsuko, frappée sans fin par le malheur, est aussi attendrissante et émouvante que passionnante à suivre dans ses multiples péripéties, qui sont autant d'occasion pour le cinéaste de dévoiler l'étendue de son registre et de son savoir-faire. Un festin visuel, un régal musical et une performance inoubliable de Miki Nakatani, pour un film que l'on a immédiatement envie de revoir. Un bijou à découvrir séance tenante.
5
Joel et Ethan Coen
États-Unis
Le grand retour que l'on n'attendait plus : celui des frères Coen en mode noir, crépusculaire et désespéré, en continuité avec le meilleur versant de leur oeuvre. Le roman de Cormac McCarthy les a inspirés au point de réaliser un thriller philosophique en forme de western apocalyptique (ou serait-ce l'inverse?) qui frôle la perfection cinématographique. La mise en scène, ample mais âpre, fait des prouesses à chaque instant, tandis que les acteurs, Josh Brolin et un Javier Bardem possédé à faire frémir, déploient un registre fabuleux. Entre l'absurde, la violence cathartique et un portrait sombre et pessimiste de l'Amérique, voilà un chef-d'oeuvre à placer aux côtés de Blood Simple, Barton Fink et Fargo.
4
Todd Haynes
États-Unis
Un Bob Dylan en version kaléidoscopique et multiforme, fragmenté en identités éparses sous le regard prodigieux de Todd Haynes. Son film est un monument qui pulvérise le biopic pour mieux rendre hommage à la personnalité insaisissable du mystérieux troubadour. Ce portrait éclaté d'un artiste complexe est aussi celui d'une Amérique en mutation et une réflexion complexe sur le vedettariat et l'acharnement des médias face à des artistes en conflit avec leur(s) propre(s) images(s). On est ébloui et subjugué par cette oeuvre d'exception
3
David Lynch
États-Unis
Ayant rejeté la pellicule et opté pour le numérique, Lynch en profite pour se défaire des dernières conventions cinématographiques et narratives que l'on retrouvait dans Mulholland Drive, pour atteindre un plateau d'expérimentation et de liberté créatrice sans précédent depuis Eraserhead. Cauchemardesque et opaque, basculant dans un délire paranoïaque halluciné quasi indéchiffrable, ce tour de force déconstruit et renouvelle son univers en profondeur et nous laisse abasourdi et hagard, mais transporté. De multiples écoutes seront nécessaires pour percer le mystère de ce drame touffu qui propulse dans une dimension parallèle et inaccessible. On s'en réjouit.
2
Carlos Reygadas
Mexique
Après les excès déroutants de Batalla en el cielo, Carlos Reygadas atteint le sublime avec cette oeuvre d'ascète qui le voit s'intéresser à une histoire d'adultère au sein d'une petite communauté recluse au fin fond du Mexique et parlant un curieux dialecte allemand. Le résultat est une expérience mystique, aussi sensuelle que spirituelle, voire religieuse, quelque part entre Carl Theodor Dreyer et Bruno Dumont. Ce film est une extase hypnotique sans équivalent, pour qui sait prendre le temps de s'y perdre. Une oeuvre d'épure, d'une densité étourdissante, contemplative à l'excès, qui confine à l'état de grâce. Cinéphiles pressés et friands de divertissements vite oubliés, ce n'est pas pour vous.
1
Roy Andersson
Suède
C'est à un véritable travail de peintre et de philosophe que nous convie ce chef-d'oeuvre, à nos yeux le sommet de cette riche année cinéma, qui voit Roy Andersson se surpasser et affiner son univers déjanté. Observateur caustique de l'activité humaine, le cinéaste suédois jette son regard décapant sur notre monde en décomposition, avec de fortes doses d'un humour dévastateur et des gouttes de désespoir versant irrémédiablement dans l'absurde et l'étrangeté. Cet esthète peaufine chaque plan jusqu'à l'obsession, et les cinquante tableaux qui composent ce monument sont d'une perfection plastique et d'une complexité époustouflantes. On admire les mises en scène élaborées, on se régale de la beauté sépulcrale de la direction photo et on savoure le dénouement grotesque des péripéties de ces petites gens aux prises avec les affres de vivre. Anthologique, radical et virtuose, cette perle farfelue a été concoctée avec un soin fou par un adorable hurluberlu qui mérite une large reconnaissance.