Shi Gan (Time)

Kim Ki-Duk

Corée du Sud

2006, 97 minutes

 

L’enfant terrible du cinéma coréen est de retour en force avec un film percutant et déroutant qui aborde avec une virtuosité perverse la problématique de la chirurgie plastique. Après quelques films plus poétiques et contemplatifs – Printemps, été, automne, hiver... et printemps et Bin-Jip, deux sommets incontestables de son oeuvre – et une (relative) déception avec The Bow, il revient aux sources rageuses de The Isle et de Bad Guy. Une excellente nouvelle pour les fans de la première heure du cinéaste, qui se révèle ici cinglant et en grande forme.

 

Un couple en crise est le point de départ de cette étude symbolique portant sur l’obsession de la beauté, le passage du temps et la difficile pérennité de l'amour. Une jeune femme jalouse et caractérielle accuse son copain d’être un séducteur et de s’être lassé d’elle. Elle disparaît de sa vie sans crier gare, se fait complètement refaire le visage et tente de reconquérir cet homme sous une autre identité. Est-ce que celui-ci saura la reconnaître? Mais n’est-elle pas devenue, elle-même, une autre personne?

 

Ces prémices machiavéliques permettent à Kim Ki-Duk de déployer une série de retournements imprévisibles et déstabilisants, où il explore les glissements de l’identité physique et émotive, les jeux de séduction et la manipulation psychologique de ces individus tourmentés par une quête maladive et insensée de l’autre. Bien à son aise dans le registre du tordu, il offre des personnages complètement fêlés, des situations à la limite du crédible et de nombreux débordements hystériques et excessifs. Ainsi, sa critique explicite des ravages pervers du culte de la chirurgie esthétique – dans une société où celle-ci est très prisée – lui permet d’approfondir ses thématiques de prédilection, notamment les rapports impossibles entre les sexes et les affres intérieures d’individus dont la recherche de l’amour absolu confine à l’impossible et à une douleur pathologique.

 

D’une richesse époustouflante dans le traitement de son sujet, qui emprunte des avenues troublantes dont Kim Ki-Duk a le secret, le film est également l’une des plus belles réalisations de son auteur sur le plan esthétique. Plusieurs motifs visuels de ses œuvres précédentes trouvent ici un écho évocateur (notamment ces miroirs, sculptures, masques et ces parties découpées d’une photo qui composent un nouveau visage, magnifiques métaphores des métamorphoses corporelles et identitaires des personnages). Le traitement est stylisé jusqu’à l’excès, en parfait accord avec l’obsession séductrice de ses personnages. Le film compte également des moments de furie et d’horreur qui sont consubstantiels à l’univers du cinéaste, qui poursuit parallèlement ici une démarche esthétisante qui multiplie l'utilisation d'éléments poétiques et symboliques.

Time est très certainement une pièce de résistance dans la filmographie de Kim Ki-Duk. Ses détracteurs y trouveront cependant les mêmes sources d’irritation, présentes à leur paroxysme. Tant pis pour eux.

FanTasia 2007

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