Nihon igai zenbu chinbotsu (The World Sinks Except Japan)

Minoru Kawasaki

Japon

2006, 98 minutes

 

Indécrottable farceur et cabotin, Minoru Kawasaki est devenu un véritable chouchou des amateurs de délire absurde et de comédies dérisoires à petit budget avec The Calamari Wrestler, Executive Koala et The Rug Cop. C'est dire la déception à laquelle nous convie son oeuvre la plus ambitieuse et ouvertement politique à ce jour. Sur papier, The World Sinks Except Japan tient de l'idée de génie. Dans un futur rapproché, Kawasaki imagine ce qu'il adviendrait du Japon si le reste de la terre sombrait soudainement sous les eaux. Des réfugiés prestigieux de tous les pays se précipitent vers le Japon - ministres, vedettes, hommes d'affaires des États-Unis, de Chine, de Corée du Nord - créant une surpopulation et suscitant des répercussions et des tensions sociales inattendues. Pratiquement réduits à l'état d'esclaves ou d'amuseurs publics, les étrangers doivent se plier à des règles autoritaires et adopter la culture, la langue et les préceptes de la vie japonaise, ce qui crée des remous de toutes sortes.

 

Cette matière métaphorique subversive et explosive à souhait est abordée avec un humour noir féroce, sous l'angle d'une satire décapante qui tire à boulets rouges sur toutes les cibles imaginables : les stars hollywoodiennes et l'impérialisme américain, la dictature de Kim Jong-il, la diplomatie de l'ONU, les médias, l'armée et les traditions japonaises, personne n'est épargné. La bravoure et l'audace de Minoru Kawasaki sont admirables, et il décoche plusieurs flèches savoureuses, mais c'est insuffisant. Malheureusement, la réalisation n'est pas du tout à la hauteur de ce projet frondeur et culotté qui peine à prendre vie à l'écran. Alors que la minceur du budget de ses films précédents conférait un caractère artisanal attachant à sa mise en scène de pacotille, l'effet est tout à l'opposé dans le cas de The World Sinks Except Japan, qui souffre grandement de manques de moyens criants et d'une pauvreté visuelle qui le désavantage. On ne parle pas ici d'effets spéciaux, mais d'un minimum de travail du côté des décors, nettement insuffisants, tout comme de la réalisation, totalement impersonnelle et anonyme.

 

Contrairement à ses films précédents, l'humour tombe aussi le plus souvent complètement à plat, comme si le poids du propos avait étouffé la verve comique de Kawasaki. La majorité des scènes sont complètement ratées. L'interprétation est mauvaise et forcée au point d'en être pénible et gênante, en particulier du côté des acteurs non japonais, très nombreux, et presque tous inadéquats. L'ennui, l'amateurisme et la platitude sont malheureusement les principaux traits distinctifs de ce film que l'on aurait tant voulu défendre, mais qui constitue un échec d'autant plus décevant que le projet était si prometteur. Le temps de quelques scènes aussi drôles que mordantes, on entrevoit ce qu'aurait pu être The World Sinks Except Japan, si la charge politique avait été appuyée par un projet cinématographique plus développé et mieux travaillé. Quel dommage qu'un tel sujet n'ait pas été mené à bon port.

Vu à FanTasia 2007

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