Pen Choo Kab Pee (The Unseeable)

Wisit Sasanatieng

Thaïlande

2006, 94 minutes

En l'espace de deux films - Tears of the Black Tiger et Citizen Dog - Wisit Sasanatieng a imposé une signature immédiatement reconnaissable, caractérisée par une direction artistique flamboyante et par l'utilisation excessive de couleurs vives, voire criardes, ainsi qu'un ton absolument irrésistible, à la fois humoristique et mélodramatique. C'est dire s'il a pris tout le monde par surprise en effectuant une totale rupture de style avec ce film glauque et tragique, ouvertement campé sous le registre du film d'épouvante conventionnel, et racontant les déboires d'une jeune femme enceinte à la recherche de son mari disparu et trouvant refuge dans un domaine lugubre appartenant à une mystérieuse et recluse propriétaire, où se produisent d'inquiétants phénomènes surnaturels. Face au déroulement prévisible de ce thriller horrifique qui reconduit toutes les conventions du genre, le cinéphile est en droit de se demander si l'un des chefs de file du renouveau du cinéma thaïlandais a perdu sa griffe en signant cette oeuvre qui a toutes les allures d'un film de commande. Qu'on se rassure, la réponse est non.

S'il n'a rien d'original, ce troisième long métrage de Sasanatieng est une réussite du genre et un brillant exercice de style qui démontre toute l'étendue de son talent. Fidèle à sa réputation, Sasanatieng offre une réalisation impeccable, mais en délaissant la dimension baroque de ses opus antérieurs. On admirera en particulier la qualité de la reconstitution historique et la richesse de la direction photo, qui travaille une palette de couleurs aux antipodes du déferlement coloré habituel du cinéaste. Ici, le sombre est de mise, et le rendu des teintes terreuses est splendide. La surprise provient également du classicisme de l'approche, ici marquée par un sens de la retenue qu'on ne lui connaissait pas, du moins dans sa première partie. Le scénario est également digne de mention : inspiré de légendes thaïlandaises, le récit se déploie de manière prévisible, jusqu'à son dénouement révélateur - que l'on taira ici, évidemment - et qui constitue un véritable modèle de réussite dans le genre. Aussi, le film démontre de bout en bout tout le respect de Sasanatieng envers les traditions de son pays, auxquelles il rend hommage tant par le style résolument rétro de la mise en scène que dans le récit, pur mélodrame dénué de distanciation ironique.

Certes, The Unseeable ne renouvelle en rien le genre, et sa dernière partie réserve le déferlement habituel de scènes horrifiques sensationnelles, ce qui pourra en décevoir certains. S'il est évident que ce film ne marquera pas aussi durablement la mémoire des cinéphiles que son inoubliable Citizen Dog, il démontre que Sasanatieng est un esthète doué qui sait aborder une variété de registres avec savoir-faire et élégance. Il nous tarde de voir dans quelle direction il se dirigera ensuite.

Vu à FanTasia 2007

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