The Tracey Fragments

Bruce McDonald

Canada

2007, 80 minutes

Une belle surprise avec ce film canadien inventif et stylisé qui raconte les mésaventures d'une jeune adolescente (excellente Ellen Page) qui s'enfuit du domicile familial à la suite de la disparition de son jeune frère. Errante, elle narre son existence ponctuée de difficultés à l'école et à la maison. Son monologue est ponctuée de souvenirs, de réminiscences et de fantasmes, qu'une structure narrative éclatée convoque à coups de va-et-vient entre le présent et le passé, dans une joyeuse et chaotique confusion évoquant et les affres et les tourments de l'adolescence. 

Rien de bien nouveau sur le plan du contenu, mais la forme revêt une allure extrêmement originale et dynamique. La mise en scène est composée de plusieurs écrans miniatures, où l'action se répond, se complète et se poursuit. Le spectateur doit ainsi suivre en simultané ces tableaux fragmentés afin de décrypter et reconstituer le portrait kaléidoscopique de cette adolescente au mal de vivre accentué. Très inspiré, McDonald tire le meilleur de cette expérimentation formelle qui transcende l'utilisation du dispositif conceptuel des écrans multiples et des "split screens" en mouvement afin de donner corps et vie à son adaptation du roman de Maureen Medved.

Loin des tentatives absconses et prétentieuse d'un Peter Greenaway, qui s'enfonce dans un maniérisme abscons et une lourdeur théorique démonstrative avec des tentatives similaires, McDonald déploie plutôt un style ludique qui évite de sombrer dans l'exercice "arty" et complaisant. Le film est difficile à suivre au début, requérant une acclimatation, un effort et une participation active du spectateur, mais il devient passionnant par la suite. Le cinéaste a brillamment construit une oeuvre toute en rythme et en mouvement, fascinante à suivre et pleine d'énergie. À souligner également, l'excellente trame sonore signée par Broken Social Scene. Éclaté, exigeant, drôle et stimulant.

Vu au Festival du nouveau cinéma 2007

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