The Terrorist
Santosh Sivan
1999, 95 minutes
Auréolé d'une rumeur très élogieuse partout où il est passé, notamment dans les festivals de Sundance, de Toronto et plus près de nous à FanTasia lors de l'été 2000, ce film indien indépendant, réalisé à la sauvage et hors des studios de Bollywood, est une magnifique et intense leçon de cinéma qui éblouit, fascine et touche en profondeur. Dès les premières images, on est happé par un sentiment d'urgence viscérale qui ne nous quittera plus. Subjugué aussi par une cinématographie à la fois pleine de poésie et de dureté, un style incroyable, pétri de sensualité, et un sujet pour le moins dérangeant : le terrorisme et le fanatisme chez une jeune kamikaze indienne. The Terrorist, à tous égards, est une découverte qui fera le bonheur des cinéphiles curieux et exigeants.
Drame lyrique très personnel, à la fois film de guerre et film psychologique, The Terrorist ne s'embarrasse d'aucune convention sans pour autant sombrer dans la surenchère attendue. Le film nous présente le destin de Malli (remarquable Ayesha Dharkar), jeune fille de dix-neuf ans enrôlée dans un groupe révolutionnaire qui vise à renverser le régime en place par la violence. Malli est une terroriste, qui a vu la mort de près, ayant elle-même participé à des missions et tué à plusieurs reprises. Le film débute, en pleine forêt où règne une ambiance de guérilla, de mort et de clandestinité, au moment où Malli est choisie pour une mission de première importance: l'assassinat du chef du pays. Malli devra se sacrifier en se faisant sauter avec le chef avec l'aide d'une bombe.
Le cinéaste Santosh Sivan, avec une habileté impressionnante, nous dresse ici le portrait de cette jeune femme obnubilée par une cause et déchirée par ses émotions. Le film s'attarde sur sa lente préparation, sur ses dilemmes intérieurs, avec une économie de mots et un sens cinématographique absent de la plupart des films occidentaux. Sivan, en authentique cinéaste fidèle à la tradition du cinéma d'auteur du continent asiatique, scrute les visages, les gestes, les situations, travaille les atmosphères, accorde la primauté aux images (avec quantité de gros plans, des textures, des couleurs et des prises de vue fabuleuses) ainsi qu'aux respirations, complète le tout avec une trame sonore solennelle et lyrique, entièrement en accord avec la charge émotive et sensuelle du film.
Ceux qui s'attendront à des scènes d'action et à des rebondissements dramatiques en seront quittes pour une déception, car The Terrorist évite les sentiers battus, et se veut davantage un film d'auteur qu'un thriller politique - la cause et le contexte sont ainsi laissés inexpliqués, pour souligner la dimension humaine et universelle du drame. La cinéaste aborde la réalité des mouvements terroristes kamikazes sous un angle à la fois psychologique et poétique, sans éclats, mais avec une fureur intérieure et un respect de la complexité de ces situations impossibles, explorées de l'intérieur, à travers le personnage inoubliable de Malli. Il en résulte une oeuvre grave et visuellement splendide.