Uahan Segye (The Show Must Go On)
Han Jae-Rim
2007, 109 minutes
Les attentes étaient-elles trop élevées pour ce deuxième long métrage de Han Jae-Rim (après The Rules of Dating)? Avec Song Kang-Ho dans le rôle titre d’un malfrat incapable et malchanceux qui doit concilier une vie familiale difficile avec un métier peu enviable, les plus grands espoirs étaient permis. Malheureusement, malgré plusieurs moments dignes d’intérêt, The Show Must Go On se révèle à l’arrivée une déception, malgré un casting en or et plusieurs idées chargées de potentiel.
Le film démarre pourtant avec beaucoup d’aplomb et de justesse. Song Kang-Ho incarne un truand de petite envergure, qui cherche désespérément à plaire à ses patrons mafieux et à frapper le grand coup qui lui permettra d’acheter une maison à sa femme et à sa fille, dont il tente de regagner la confiance effritée par ses frasques continuelles. Celles-ci, exaspérées par les promesses non tenues et honteuses de ses activités, lui offrent de moins en moins de compassion et d’appui. Tentant de renverser cette dynamique, il fait tous les mauvais choix envisageables, et s’enfonce dans une spirale qui ne fait qu’accentuer ses problèmes familiaux et ses déboires avec la loi.
Amorcé sous l’angle de la comédie - de nombreuses situations mettent en relief la dimension pathétique du personnage principal, et son incapacité chronique à se hisser hors de sa condition et à faire les bons choix pour lui et pour sa famille – le scénario de Han incorpore des accents dramatiques centrés autour de la dynamique familiale. Ses éléments élaborent une fine analyse sociale et permettent de hisser le récit hors des avenues habituelles des films de gangsters, ce qui témoigne de l’originalité de la démarche et de l’acuité du regard du cinéaste, à la fois humain mais dénué d’apitoiement envers ses personnages.
Mais Han Jae-Rim est sans doute trop ambitieux avec ce film qui se veut à la fois un drame familial, un film de gangsters et une comédie noire. En cours de route, il se perd dans les nombreuses avenues qu’il souhaite aborder simultanément. Ainsi, cette première partie tour à tour drôle et touchante et réglée au quart de tour est quelque peu gâchée par le virage qu’il effectue du côté du thriller criminel. On sait que le mélange de genres a maintes fois fait ses preuves dans le cinéma sud-coréen récent. Ici, il est tout simplement mal exploité, et il en résulte un continuel va-et-vient entre l’action, l’humour, la fresque sociale et le mélo, qui nuit considérablement à l’équilibre du film. Cela est beaucoup plus évident au cours de la dernière demi-heure du film, où le cinéaste se montre hésitant sur le ton qu’il souhaite attribuer à l’ensemble. Le scénario révèle aussi de multiples incohérences et invraisemblances en fin de parcours, comme si le cinéaste ne savait plus quel dénouement convient le mieux à son récit.
On soulignera tout de même le travail exceptionnel de Sang Kang-Ho, toujours aussi efficace dans un rôle qu’il campe à merveille. Malgré ses défauts, The Show Must Go On révèle tout de même un jeune cinéaste prometteur, que l’on voudra suivre de près au cours des prochaines années.