The Mist

Frank Darabont

États-Unis

2007, 126 minutes

 

Les aficionados de films d'épouvante et la critique spécialisée en cinéma horrifique ont crié à l'unisson au chef-d'oeuvre à la sortie de The Mist, énième adaptation cinématographique tirée de l'oeuvre de Stephen King, et mon dieu, je me demande encore quelle mouche les a piqués, et aussi fort, à la vue de ce produit préfabriqué qui a le culot de se donner des airs subversifs, alors qu'il n'est qu'une imitation de série B prétentieuse, racoleuse et indigeste. On sait que le soi-disant maître du roman à frissons a légué un nombre incalculable de daubes ronflantes et de films moyens à l'industrie hollywoodienne, et pourtant, bon an mal an, on nous en ressert une portion bien réchauffée au micro-ondes, histoire de sustenter l'appétit vorace de sa horde de fans inconditionnels, qui semblent toujours en redemander, malgré la piètre qualité de ce qu'on leur sert. Pour un The Shining et quelques Carrie et The Dead Zone, combien de Maximum Overdrive et autres The Lawnmower Man a-t-on dû supporter depuis vingt-cinq ans?

 

J'aurais dû me méfier, malgré ou à cause de cette unanimité en bout de ligne suspecte et totalement incompréhensible. En dépit de ce dossier lourdement incriminant, j'ai laissé sa chance au coureur. Grave erreur cinéphile. Il faut dire que le matériel était prometteur, d'autant plus qu'on nous annonçait un film d'horreur hors norme, revendicateur et nihiliste, et que le maître à bord de l'adaptation possède une certaine crédibilité. On pensera ce que l'on voudra de Frank Darabont, il y avait de quoi espérer et être intrigué en voyant cet expert patenté de l'univers de King (The Shawshank Redemption et The Green Mile) prendre les commandes de cette fable apocalyptique. The Mist est depuis longtemps considéré comme un récit culte par les connaisseurs de l'oeuvre de Stephen King, qui attendaient depuis longtemps sa transposition sur grand écran. Le concert d'éloges déployé par la critique spécialisée, qui en a vu d'autres et qui sait, règle générale, de quoi elle parle, semblait confirmer que nous étions devant une exception digne de mention. Et bien non, franchement, je ne peux qu'exprimer ma perplexité devant un tel engouement pour un pétard mouillé d'une aussi évidente médiocrité. Le potentiel d'un grand film d'horreur était là, c'est indiscutable. Mais en voulant faire un John Carpenter de lui-même, Darabont a sombré dans le risible avec cette fable poussive qui croule sous sa guimauve moralisatrice dégoulinante à cinq sous.

 

La portée symbolique du récit a en effet été horriblement gâchée par une mise en scène démonstrative et appuyée, incapable de dissimuler les lacunes et les grossièretés évidentes d'un scénario faiblard et truffé d'incohérences. La mise en situation est pourtant parfaite : un père de famille (Thomas Jane, au registre dramatique inexistant) et son fils se retrouvent emprisonnés dans un supermarché, en compagnie de plusieurs habitants du village où ils passent leurs vacances. Un brouillard opaque s'est abattu sur la ville, et il se révèle habité par des créatures monstrueuses qui n'épargnent aucun être vivant qui s'y aventure. Barricadée à l'intérieur, cette petite communauté cède bientôt à la panique, et se divise en deux clans : ceux qui souhaitent trouver un moyen de s'échapper, et les autres, qui se rangent aux côtés d'une extrémiste religieuse (Marcia Gay Harden, dénuée de la moindre subtilité, qui sombre systématiquement dans la caricature hystérique convulsive et exaspérante) persuadée qu'il s'agit d'un châtiment divin. Si châtiment il y a, c'est bien celui de devoir subir une pareille niaiserie interminable, occasionnellement ponctuée de soubresauts horrifiques qui se limitent à des attaques de bibittes tout droit sorties d'un bestiaire lovecraftien mal assimilé. On se serait attendu à quelque chose de beaucoup plus effrayant que quelques tentacules et araignées géantes disséminées ça et là dans un brouillard décidément bien utile pour masquer un manque sidérant d'imagination et de ressorts dramatiques.

 

On comprend rapidement que ce huis clos référentiel qui multiplie les hommages aux classiques du genre - on pense, notamment, à la trilogie de Romero et aux films de John Carpenter, plus particulièrement à Dawn of the Dead et The Thing, sans jamais arriver à la cheville de ceux-ci - ne cherche en bout de ligne qu'à filer une métaphore très peu subtile à propos de la dynamique des groupes traversant une situation de crise, sur fond d'exploration des errements fanatiques de l'Amérique religieuse et de ses dogmatismes destructeurs. Belle matière en perspective; malheureusement, la réflexion est laissée au niveau de la moquette. Les dialogues sont pétrifiants de nullité, les personnages esquissés à gros traits et la dénonciation est si lourde qu'elle tombe complètement à plat. Tout cela est déjà suffisant pour nous faire complètement décrocher, mais il faut y ajouter une dernière partie où l'on nous fournit une explication expéditive qui sent le manque d'inspiration à plein nez, avant de nous asséner un coup de grâce final aussi invraisemblable que sorti de nulle part, où le cinéaste tente de nous jeter en bas de notre fauteuil avec une provocation radicale en rupture de ton insolente avec l'ensemble de son film. Cette conclusion a déjà fait couler beaucoup d'encre, plusieurs y voyant une audace rare dans le cinéma américain. Elle est pourtant si gratuite qu'elle confine à l'insulte envers le spectateur, en bout de ligne dupé par un réalisateur certes talentueux, connaissant bien le genre, mais qu'il détourne de manière épouvantablement maladroite, au point de glisser dans les ornières moralisatrices qu'il tentait pourtant de dénoncer. Curieux retour de situation, qui dévoile l'échec de cette production artificielle.

 

Sous ses faux airs de film d'horreur d'exception, The Mist est une production médiocre qui prend le spectateur pour une valise. Son imposture en est d'autant plus détestable.

 

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