The Lost

Chris Sivertson

États-Unis

2005, 115 minutes

À mi-chemin entre l'étude psychologique d'adolescents perturbés et destructeurs à la Larry Clark et le film d'horreur sordide et réaliste, The Lost est un premier film à la fois impressionnant et bouleversant, qui laisse le spectateur épuisé et troublé au sortir d'un récit cauchemardesque d'une noirceur étouffante.

Première incursion de l'oeuvre de Jack Ketchum au cinéma, un auteur réputé inadaptable, ce film marque également les débuts à la réalisation de Chris Sivertson. Et quels débuts, sous le sceau de l'audace et de l'assaut psychologique et visuel. L'ouverture de ce film barbare affiche clairement ses couleurs : partis en forêt, trois adolescents insouciants provoqueront la mort violente de deux jeunes filles. L'auteur de ces meurtres crapuleux est Ray Pye, un garçon particulièrement dérangé et dangereux, dont le caractère déviant est formé d'une étrange juxtaposition de virilité exacerbée, de charme manipulateur, de féminité mal assumée et de vulgarité galopante. Véritable terreur, il somme sa copine et son ami de garder le secret de cet acte innommable. Mais la police rôde, la tension monte, et ce n'est sans doute qu'une question de temps avant que le secret ne soit découvert - ou que la furie du coupable ne fasse éruption de nouveau.

Pour ses débuts au cinéma, sous le patronage d'un autre jeune réalisateur de talent, Lucky McKee, Chris Sivertson déploie beaucoup de témérité ainsi qu'un savoir-faire surprenant. Ayant entre les mains un matériau controversé promettant tous les excès - et ils seront de la partie, dans une dernière partie furieuse et grotesque qui lui aliénera certainement une partie du public - le jeune cinéaste n'oublie pas pour autant de creuser la psychologie de ses personnages, qui se révèlent d'une complexité déroutante. Refusant les compromis et la retenue, il verse à maintes reprises dans une surenchère qui frôle la complaisance, mais qui est sauvée par un sens indéniable de la réalisation et de la direction d'acteurs. Il faut saluer ici en particulier le jeu de Marc Senter, qui incarne un Ray Pye qui révolte, répugne et déstabilise à en donner des frissons dans le dos. Le jeune acteur explore toutes les contradictions d'un personnage cru et insaisissable que nous ne sommes pas prêt d'oublier.

Véritable brûlot qui carbure aux émotions fortes et aux scènes chocs, The Lost assume pleinement son caractère iconoclaste. Les cinéphiles qui n'ont pas peur de se risquer en terrain trouble et aventureux en seront quittes pour une formidable claque et une étonnante découverte. Quant à eux, les amateurs d'un cinéma confortable et consensuel feraient mieux de passer leur chemin.

Vu à FanTasia 2006

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