The Last Winter
Larry Fessenden
2006, 101 minutes
Figure essentielle du cinéma d'horreur indépendant américain des 15 dernières années, Larry Fessenden effectue un retour après une longue absence de cinq ans, avec un film d'une redoutable actualité. Si Wendigo, son opus précédent, avait brillamment exploré la mythologie amérindienne, The Last Winter aborde cette fois de manière explicite un genre connaissant une résurgence manifeste : l'horreur écologique.
Fidèle à son approche atmosphérique et symbolique, qui suggère davantage qu'elle ne montre, Fessenden explore cette fois nos craintes d'un dérèglement climatique et d'une apocalypse imminente avec ce thriller aux fortes inclinaisons environnementales. Le lieu de la démonstration ne saurait d'ailleurs être mieux choisi : campé en Alaska, le film raconte les mésaventures d'un groupe d'employés d'une compagnie pétrolière ayant établi campement à mille lieues de toute civilisation afin d'explorer de nouveaux potentiels de gisement de pétrole. Tiraillée entre l'autorité d'un responsable atteint d'un déni environnemental chronique et les découvertes alarmantes d'un chargé d'études environnementales ouvertement sensible aux menaces provoquées par le réchauffement climatique, l'équipe est soudainement aux prises avec d'étranges manifestations de paranoïa et de délire chez certains d'entre eux.
Solidement construit autour d'une métaphore environnementale et politique qui témoigne du parti pris manifeste de Fessenden,The Last Winter fait ouvertement référence à The Thing, de John Carpenter, dont il reproduit l'ambiance claustrophobique du huis clos campé de manière paradoxale au coeur de l'immensité des paysages arctiques. Contrairement à ce dernier, toutefois, Fessenden privilégie le mystère aux excès démonstratifs, et installe minutieusement une atmosphère de tension insaisissable qui exploite à merveille les thématiques soulevées. À mille lieues de la surenchère stylistique qui fait rage actuellement, Fessenden opte plutôt pour une approche minimaliste qui met l'accent sur le développement d'un climat et d'une intrigue qui installent progressivement un sentiment de terreur ne se manifestant véritablement qu'en toute fin de parcours.
On pourra reprocher au film certaines invraisemblances scénaristiques ainsi qu'une dernière partie qui verse de manière trop appuyée dans un surnaturel assez convenu, que le cinéaste avait judicieusement évité jusque-là. Malgré ces quelques scories, The Last Winter plaira assurément aux inconditionnels de la démarche du cinéaste, qu'il poursuit ici de manière inspirée. En ces temps d'obscurantisme et de dénégation des enjeux critiques de l'avenir de notre planète, Larry Fessenden illustre ici toute la pertinence et la nécessité d'un cinéma indépendant et critique, apte à faire écho à nos préoccupations environnementales et à nos angoisses face à l'avenir du genre humain.