Gwoemul (The Host)
Bong Joon-Ho
2006, 119 minutes
Véritable raz-de-marée au box office sud-coréen, le troisième long métrage de Bong Joon-Ho a créé des attentes titanesques auprès des cinéphiles férus d'Asie. Il faut dire que le talentueux cinéaste avait placé la barre très haute avec Memories of Murder, assurément l'un des meilleurs films de la nouvelle vague sud-coréenne actuelle. Aussi, lorsque la rumeur d'un projet de « film de monstres » s'est concrétisée et que le battage médiatique spécialisé s'est emballé lors de projections triomphantes à Cannes, on a pu craindre que l'engouement ne vienne noyer le reptile mutant de la rivière Han, si colossal soit-il. Fort heureusement, il n'en est rien.
Triomphe d'un cinéma populaire à portée sociale, The Host transcende les règles de la superproduction grand public afin de devenir un véritable et curieux objet de cinéma conciliant divertissement à sensations fortes, critique sociale, comédie désopilante, pamphlet politique et fresque familiale émouvante. La réussite de ce film haletant n'en est que plus impressionnante.
De son ouverture époustouflante menée tambour battant et bousculant les poncifs du genre jusqu'à son dénouement émouvant que l'on se gardera bien de commenter ici, cette bête hybride conjugue un savoir-faire technique indiscutable avec un sens aigu de la satire sociale (avec quelques flèches bien grinçantes envoyées vers l'irresponsabilité environnementale des États-Unis, l'incompétence sensationnaliste des médias et l'obsession de la réussite de la société coréenne). Aussi, c'est avec un pur plaisir, aussi juvénile que cinéphile, que l'on savoure toutes les péripéties, les ruptures de ton virtuoses, l'interprétation prenante (avec l'inévitable et toujours impeccable Song Kang-Ho en tête de liste) et la splendeur visuelle et sonore de ce film qui a déjà les allures d'un classique, et qui place Bong Joon-Ho parmi les cinéastes asiatiques les plus intéressants de l'heure.