Ye Yan (The Banquet)
Feng Xiaogang
2006, 131 minutes
Après Zhang Yimou, c’est autour de Feng Xiaogang de se lancer dans la création d’une fresque ambitieuse conjuguant épopée martiale, tragédie shakespearienne et une somptueuse reconstitution historique. Certes, ce film impressionne les yeux à maintes reprises, grâce à une direction artistique soignée et à un déploiement de costumes et de décors qui en mettent plein la vue. On ne peut malheureusement pas en dire autant pour le reste. Le scénario reprend l’essentiel du récit de Hamlet, en ne conservant que la dimension anecdotique de la tragédie de Shakespeare, ici réduite à un jeu continuel de tractations stratégiques et de trahisons passionnées qui sont dénuées de toute véritable profondeur. Ainsi, cette histoire de vengeance filiale et d’amours impossibles sent le réchauffé et paraît bien pâle en regard de l’appropriation similaire effectuée par Zhang Yimou, dont le Curse of the Golden Flowers parvient mieux à rendre l’aspect tragique et fataliste du destin de ses personnages. L’interprétation manque elle aussi de conviction. Daniel Wu campe un sous-Hamlet dénaturé et sans âme, qui transmet bien mal ses velléités de vengeance et ses contradictions émotives. Quant à Zhang Ziyi, une habituée de ce type de production, elle ne semble pas à sa place dans le rôle d’une souveraine déchirée par l’inextricable toile de drames dont elle est la figure centrale. Son jeu souffre d'un manque de registre et de charisme qui ressort encore plus cruellement lorsqu’on le compare à celui de la reine incontestée en la matière – Gong Li.
The Banquet offre tout de même une somptueuse direction artistique ainsi que plusieurs scènes époustouflantes, dont une séquence anthologique de combats masqués alliant chorégraphie, théâtre traditionnel et face à face sanglants. Ces moments virtuoses, ainsi que la qualité d’une mise en scène classique et maîtrisée, justifient le visionnement. Les amateurs de spectacles axés sur le faste visuel y trouveront sans doute leur compte. Mais on regrettera le manque de profondeur et d’originalité de cette œuvre qui s’inscrit au sein d’un genre qui compte de nombreuses productions plus réussies.