Bosque de sombras (The Backwoods)
Koldo Serra
Espagne, France, Royaume-Unis
2006, 98 minutes
Ça commence avec un générique passionnant, aux effets "vintage" tout droit sortis des années soixante-dix, avec arrêts sur image stylisés, sur fond de "There is a War", de Leonard Cohen. Début fracassant, génial même, qui donne des frissons. Le ton est donné, et il ne dérougira pas. Le premier long métrage du cinéaste d'origine espagnole Koldo Serra est un bijou noir comme on en rencontre rarement de nos jours, un hommage senti et stylisé aux films de survie des années soixante-dix, doublé d'une réflexion troublante sur les différences culturelles et sur les limites de la civilité face à la barbarie et à l'inconnu. Un premier essai en forme de coup de maître.
Nous sommes en 1978. Un couple de jeunes mariés (Virginie Ledoyen, avec un accent horrible et à la diction quasi inaudible, et Paddy Considine, très juste, à la fragilité méconnaissable) accompagne leur ami Paul (Gary Oldman, formidable d'intensité retenue) et sa femme (Ainata Sánchez-Gijón) au Pays Basque. Avant même d'arriver au chalet de Paul, ils doivent faire face à l'accueil froid, voire hostile, de la population locale. Les vacances débutent mal, et l'ambiance est pour le moins tendue entre les deux couples. Les choses vont prendre une tournure encore plus inquiétante lorsque les deux hommes, partis chasser, feront une découverte qui attisera les tensions avec les hommes de la région.
Ouvertement placé sous le patronage des plus grands classiques du film de survie - Deliverance et Straw Dogs en tête - The Backwoods est un thriller haletant qui semble avoir été directement téléporté des années soixante-dix. Koldo Serra recrée à la perfection le climat de confrontation des meilleures oeuvres du genre. Le scénario est certes assez convenu et réserve peu de surprises sur le plan narratif, mais le cinéaste l'enrichit de questionnements psychologiques passionnants et tortueux, abordant l'incommunicabilité au sein du couple, les enjeux éthiques et le poids des décisions en temps de crise, les incompréhensions culturelles et le surgissement des instincts et des pulsions primaires. Une matière féconde qui lui permet de transcender le simple film d'exploitation auquel il emprunte de nombreux motifs. Mais c'est la qualité de la réalisation qui impressionne le plus. Fort d'une splendide direction photo - la dernière partie, noyée sous une pluie torrentielle incessante, nous laisse littéralement subjugué - The Backwoods marie avec virtuosité le ton solennel du western et la tension sourde et envahissante du film de survie. Un premier effort époustouflant d'un jeune cinéaste qui fait honneur à l'héritage de Sam Peckinpah.