Yume Jûya (Ten Nights of Dreams)

Collectif de dix cinéastes

Japon

2006, 100 minutes

En 1906, l'écrivain japonais Soseki Natsume exprimait le souhait ambitieux que ses lecteurs mettent cent ans à déchiffrer son oeuvre énigmatique. Un siècle plus tard, dix cinéastes nippons répondent à l'appel du maître, en adaptant pour le cinéma les dix nouvelles de son recueil Ten Nights of Dreams. Dix courts métrages éclectiques ont ainsi été rassemblés en un film anthologique afin de former un hommage à l'écrivain, chaque réalisateur s'adonnant à une exploration libre de son oeuvre, sous la gouverne de la logique du rêve. Le résultat s'avère inégal et hétéroclite - comme c'est toujours le cas avec de tels films composites - mais à bien des égards fascinant et digne d'intérêt. Une grande diversité d'approches permet d'aborder l'univers de Natsume sous plusieurs angles : humour, étrangeté, contemplation, absurde, macabre et fantaisie se côtoient sous diverses formes, de la comédie débridée à l'animation poétique, en passant par l'épouvante et l'onirisme symbolique.

Le projet a permis de rassembler de nombreux talents du cinéma japonais actuel, tous fidèles à leur style de prédilection. Takashi Shimizu (Ju-On: The Grudge, Marebito) aborde des territoires horrifiques, comme on pouvait s'y attendre, mais avec un sens du mystère et une retenue qui méritent d'être soulignés; Yudai Yamaguchi (Cromartie High School, Battlefield Baseball) fonce tête baissée dans la direction contraire, et nous offre un autre délire grotesque et caricatural alimenté par une série de pitreries juvéniles irrésistibles. Le vénérable Kon Ichikawa (The Burmese Harp), quand à lui - dans ce qui sera l'un de ses testaments cinématographiques - propose une méditation bouddhiste en forme d'hommage au cinéma muet et de clin d'oeil philosophique savoureux, pendant que Yoshitaka Amano, technicien réputé dans le domaine de l'animation, ayant participé à la conception d'Angel's Egg, de la série des Final Fantasy et de Vampire Hunter D, revendique un dessin animé qui est une véritable splendeur visuelle, mais gâché par une indigence absolue au niveau du contenu. Si l'on ajoute des courts métrages de Nobuhiro Yamashita (Linda Linda Linda), Akio Jissoji (Rampo Noir) et Suzuki Matsuo (Otakus in Love), nous avons là un visionnement essentiel pour tout amateur de cinéma japonais qui se respecte. Ten Nights of Dreams nous plonge tour à tour dans des dimensions cauchemardesques, ludiques, bizarres, cocasses et rocambolesques, en traversant les époques et les styles avec virtuosité. Ce salut inspiré à une figure de proue de la littérature japonaise ne permettra certainement pas d'élucider le rébus indéchiffrable de Soseki Natsumi, mais il attise la curiosité envers ses récits méconnus, en plus de constituer un exemple réussi et atypique du genre anthologique.

Vu à FanTasia 2007

blog counter