Taxidermia

György Pálfi

Hongrie / Autriche / France

2006, 91 minutes

Un pénis cracheur de feu. Un bébé avec une queue de cochon. Des concours d'ingurgitation de nourriture à rendre malade. Des barils et des barils de vomi. Une version inattendue de Jabba The Hut. De la sexualité explicite et de l'obésité maladive. Des chats mutants amateurs de chair humaine. Une auto-taxidermie. Voilà quelques-uns des ingrédients insolites et totalement grotesques qui composent ce cocktail molotov cinématographique nommé Taxidermia, deuxième long métrage du surdoué et excentrique cinéaste hongrois György Pálfi. Son premier film, Hukkle, une sympathique bizarrerie décalée, nous avait révélé un réalisateur hors normes et très prometteur. Mais rien ne laissait présager un bond en avant aussi prodigieux que celui qu'il effectue avec ce monument de folie furieuse anthologique. Que ceux et celles qui ont grimacé à la lecture de l'énumération ci-dessus se le tiennent pour dit : Taxidermia est un assaut sensoriel baroque et dégoûtant, une orgie de surenchère visuelle et un exercice de provocation extrême. Cinéphiles mollassons et coeurs sensibles, soyez prévenus : vous risquez de courir en hurlant vers la porte de sortie. Amateurs de sensations fortes et cinéphiles passionnés par l'étrange, réjouissez-vous : plus qu'une pièce de résistance, voici un sommet du genre.

Impossible à résumer tant il se propulse dans toutes les directions en se nourrissant de multiples genres, Taxidermia conjugue le surréalisme le plus débridé avec des motifs horrifiques, la comédie noire, l'étrangeté pittoresque et l'allégorie historique. Un fourre-tout saisissant, porté par une mise en scène virtuose, techniquement impressionnante, visuellement éblouissante, même lorsqu'elle plonge - à pieds joints, et deux fois plutôt qu'une - dans l'abjection et la perversion les plus totales. Les filiations sont multiples - comme si Fellini avait été contaminé par l'univers de Cronenberg (ou vice versa), ou si les Monty Python (versant The Meaning of Life) étaient tout à coup simultanément possédés par l'esprit de Pier Paolo Pasolini et de Luis Bunuel. Un héritage que Pálfi assume et transcende, tout en ne lésinant pas sur les effets chocs et les débordements propres au cinéma d'exploitation. Le sexe, le gore et le dégueu abondent, créant un trop-plein jubilatoire et une incessante propension aux excès les plus déments. Pourtant, une poésie troublante se dégage de cette extravagante saga de l'immonde et du répugnant. Le style est splendide et d'une ambition démesurée, tout comme le récit, étalé sur plusieurs décennies, et qui propose le parcours de trois générations d'hommes hongrois, de la deuxième guerre mondiale à nos jours.

Taxidermia serait-il ainsi une parabole politique, une illustration dégénérée des tares ayant marqué le parcours de la Hongrie, du triomphe du communisme d'hier au capitalisme désenchanté d'aujourd'hui? Il est possible d'en faire une telle lecture, tant le film convoque à la fois l'individuel et le collectif, dans un ballet sordide d'où surgit à tout moment une farce scatologique irrévérencieuse, illustration des principales obsessions de l'homme, notamment le sexe et la volonté de puissance, respectivement symbolisés par la fascination pour le corps et ses déjections (déchets, mutilations et jouissance confondus) ainsi que pour la nourriture, élément de surconsommation qui conduit l'humain à sa perte. Dans Taxidermia, György Pálfi expose l'horreur du spectacle barbare de l'humanité. On rit à gorge déployée devant cette virulente déflagration dégoulinante, filmée avec une inventivité extraordinaire, avant d'être rattrapé en fin de course, lors d'une finale absolument mémorable, couronnement grandiose d'une oeuvre splendide et colossale. Ce film est un festin visuel étourdissant, fort d'une imagination à couper le souffle, et rehaussé d'une excellente musique signée Amon Tobin. Une expérience à marquer d'une pierre blanche.

Posologie :

  • Fortement déconseillé après un lourd repas

  • Strictement interdit aux défenseurs du bon goût et de la retenue

  • Recommandé aux esprits libres et aux amateurs de délires grandiloquents

Lotus d'or

Incontournable Travelling Avant

Vu au Festival du nouveau cinéma 2006

Section "Temps Zéro"

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