Tajja (War of Flowers)
Choi Dong-Hun
2006, 139 minutes
Troisième plus grand succès commercial sud-coréen de 2006, après The Host et The King and the Clown, cette adaptation d'un manga racontant l'ascension fulgurante d'un jeune joueur de hwatu (jeu de cartes coréen) dans le milieu du jeu clandestin nous arrive précédée d'une rumeur très favorable et couronnée d'une série de récompenses, dont les prix de la meilleure direction artistique et de la meilleure actrice aux Blue Dragon Awards. Et pour cause. War of Flowers est une brillante variation coréenne sur le thème du film noir. Le film propose une incursion passionnante dans l'univers du jeu et des paris illégaux et brosse le portrait de personnages machiavéliques qui usent de toutes les stratégies et manipulations possibles afin de rafler la mise tout en sauvant leur peau.
Magistralement construit en 9 chapitres qui sont autant de leçons morales et de règles de jeu que les protagonistes doivent suivre s'ils souhaitent triompher et survivre autant face à leurs proies qu'à leurs rivaux, War of Flowers est fascinant et divertissant tout au long de ses 139 minutes. La réalisation est nerveuse, classique et soignée, et le montage est une véritable merveille. L'indéniable réussite stylistique du film est en cela appuyée par un scénario extrêmement bien travaillé qui est construit autour d'une narration dynamique, faite de flashbacks et de sauts en avant, et d'une galerie de personnages bien campés. L'interprétation est elle aussi de premier ordre : on a déjà mentionné le prix d'interprétation féminine attribué à la voluptueuse Kim Hye-Su, qui incarne ici une femme fatale tout droit sortie des films noirs américains des années 50. Son charme vénéneux vole littéralement la vedette, mais ses partenaires masculins sont tout aussi investis dans leur rôle : Jo Seung-Wu est parfait dans le rôle titre du jeune ambitieux qui souhaite devenir le maître incontesté du jeu, tandis que le désormais incontournable Baek Yun-Shik épouse ici de nouveau la figure du mentor, reprenant ainsi un rôle similaire à celui qu'il défendait dans The Art of Fighting.
Divertissement stylisé et racé, The War of Flowers offre un récit enlevant doublé d'une leçon de mise en scène. On pourra difficilement bouder son plaisir devant un film aussi achevé. Une pierre de plus à l'édifice cinématographique sud-coréen.