Asujaak (Sperm)

Taweewat Wantha

Thaïlande

2007, 105 minutes

 

Depuis quelques années, les Thaïlandais ne cessent de nous démontrer qu'ils possèdent un sens très prononcé pour la niaiserie sur l'acide. En voici une nouvelle preuve irréfutable. Avec une subtilité repérable à même son titre, ce film inqualifiable raconte les mésaventures d'un guitariste rock qui fait une fixation obsessionnelle sur le sexe et sur une actrice en particulier. Par le hasard débile et fantastique des circonstances, après que ses amis lui aient fait ingurgiter une sorte de viagra exotique local, ses spermatozoïdes se répandent dans la ville et engrossent des centaines de femmes qui enfantent à une vitesse fulgurante des nouveaux-nés qui portent son visage adulte et qui se révèlent tout aussi obsédés par la chose sexuelle que leur géniteur, désemparé par cette épidémie de bébés lubriques dont il doit revendiquer la paternité. Les choses ne s'arrangent guère lorsque des extraterrestre viennent se mêler à ce bourbier libidineux. Que faire face à cette prolifération insensée? Et surtout, notre homme saura-t-il conquérir son actrice adorée, malgré une situation aussi dégénérée?

 

Avec une telle prémisse à rendre jaloux les créateurs d'American Pie et tous les amis de South Park réunis, il est clair que ce cinéaste thaï a choisi la voie de la comédie dérisoire et hors norme pour effectuer une satire décapante de l'obsession sexuelle masculine à l'adolescence. Les idées excentriques, les flashs comiques et le cabotinage systématique fusent de toutes parts dans cette production clinquante dont le mauvais goût, si on sait l'apprécier, est proprement réjouissant. Le n'importe quoi surréaliste côtoie allègrement les pitreries juvéniles, dans un joyeux désordre qui cherche autant à faire rire qu'à cultiver une certaine bizarrerie sexuelle. Ce bric-à-brac est tout croche sur le plan de la mise en scène, brouillonne et incohérente, mais force est d'avouer que cet objet cinématographique est assez singulier, en particulier dans sa première partie, plutôt drôle et originale. Mais comme c'est souvent le cas avec ce type de production - on pense à un exemple tout à fait similaire en Bangkok Loco - le délire initial s'éteint progressivement et s'essouffle sérieusement en cours de route, et le potentiel subversif du concept laisse place à une succession de scènes ridicules qui sombrent dans la romance humoristique de pacotille et les gags de collégien. Bref, tout sauf un beau film délicat et méditatif de fin de soirée, que l'on appréciera à sa juste valeur si on se trouve des affinités avec l'humour cinématographique thaï, qui ne vole pas toujours très haut, mais qui a le mérite de foncer tête baissée dans une bêtise crasse et irrévérencieuse dont ils ont les seuls à avoir le secret.

Vu au Festival du nouveau cinéma 2007

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