Sakuran

Mika Ninagawa

Japon

2007, 111 minutes

Sakuran est un antidote à l’entreprise de récupération désincarnée de Memoirs of a Geisha, qui n’avait pratiquement plus rien de nippon entre les mains d’un Gary Marshall ne comprenant rien aux spécificités de la culture japonaise traditionnelle. On sait que dans un tel registre, il vaut toujours mille fois mieux opter pour une œuvre authentiquement japonaise plutôt que pour ces pâles imitations dénaturées par le rouleau compresseur américain. Moins ambitieux, mais non dénué de moyens et beaucoup plus juste et convaincant que son émulation hollywoodienne de pacotille, ce premier long métrage de la cinéaste Mika Ninagawa est une splendeur sur le plan visuel. Véritable orgie de couleurs flamboyantes, de costumes extravagants et de décors stylisés, cette adaptation d’un manga propose une incursion volontairement truffée d’anachronismes et d’éléments d’une culture pop bonbon dans l’univers des Oiran, ces femmes de compagnie qui, contrairement aux geishas, étaient de véritables prostituées de luxe, dans le Japon des samouraïs et des seigneurs du XVIIIe siècle. Certaines d’entre elles, davantage que d’autres, devenaient de véritables objets de culte auprès d’une clientèle masculine prestigieuse qui, parfois, s’éprenait d’elles. C’est le cas de Kiyoha, dont on suit le parcours de petite fille rebelle et rétive qui est forcée à apprendre les codes et les manières d’une Oiran, non sans résistance, avant de devenir l’une des plus célèbres et admirées courtisanes de son temps. Pourtant, elle ne rêve que de s’enfuir de cet endroit, le jour où le cerisier de la cour sera en fleur…

Issue du monde la photographie, Mika Ninagawa témoigne d’un souci esthétique évident. Le style visuel de Sakuran est sa marque distinctive et sa principale force. Conventionnelle, la mise en scène s’appuie entièrement sur une direction artistique somptueuse et léchée, qui affiche un faste ininterrompu donnant l’impression de déguster un dessert savoureux et riche en calories. L’enrobage est impressionnant et accrocheur, mais le film pêche par un certain manque de profondeur. Comme si l’apprentie cinéaste, entièrement préoccupée par l’enrobage, s’était peu souciée du contenu. Certes, le personnage de Kiyoha est intéressant, d’autant plus qu’il est interprété avec suffisamment d'insolence par Anna Tsuchiya, actrice révélée par Kamikaze Girls. Mais l’effronterie et l’irrésistible moue coquine de Sakuran offrent peu de substance, et les aléas émotifs et amoureux de son personnage principal ne dépassent guère les limites du mélodramatique et du divertissement légèrement excentrique. Sakuran se situe ainsi à égale distance du cinéma de Tetsuya Nakashima, en particulier de Memories of Matsuko, avec lequel il partage un sens coloré de la composition et une heureuse intégration d'éléments de culture pop, mais dont il n’a ni la profondeur, ni la virtuosité et l’inventivité cinématographiques, ainsi que du Flowers of Shanghai de Hou Hsiao-Hsien, beaucoup plus complexe et authentique dans son exploration d’un sujet similaire. Malgré ces réserves, Sakuran n’en demeure pas moins un premier film intrigant et un délice visuel nourri d'influences évidentes du vidéoclip, de la bande dessinée et de la mode, aussi plaisant qu’il est vite oublié. On sera curieux de suivre le parcours de cette jeune cinéaste talentueuse.

 

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