D-Day (Roommates)
Kim Eun-Kyeong
2006, 95 minutes
Les productions horrifiques sud-coréennes récentes n’ont pas toutes brillé par leur originalité. On pourra ranger celle-ci parmi ses meilleures réussites, et ce en dépit de moyens considérablement réduits. Produit pour la télévision avec un budget fort modeste et tourné en haute définition, Roommates (également distribué sous le titre de D-Day) fait partie d’une série de quatre films d’épouvante regroupés sous le titre Four Horror Tales. Pour ce premier film s’inscrivant dans la tradition de Whispering Corridors et de Memento Mori, deux modèles du genre, la cinéaste Kim Eun-Kyeong utilise de nouveau le contexte du pensionnat pour jeunes filles afin de raconter ce récit horrifique plutôt convenu mais qui a le mérite d’être angoissant, efficace et porteur d'une réflexion sociale.
Dans cette école privée chargée de former la future élite de la jeunesse sud-coréenne féminine, les règlements sont stricts et la discipline, impitoyable. Les nouvelles recrues sont ainsi soumises à un traitement quasi carcéral, fait de terreur psychologique, de punitions et d’abus d’autorité. Certaines d’entre elles tentent de se révolter, et se heurtent à la main de fer d’une directrice tyrannique. Mais il se passe également des choses bien étranges en cet endroit, et certaines jeunes filles sont la proie d’apparitions effroyables.
On retrouve bien sûr ici l’élément convenu du film d’horreur asiatique : les sempiternelles apparitions de fantômes. En cela, Roommates ressemble à la majorité des productions horrifiques qui multiplient ces scènes d'effroi en crescendo. Fort heureusement, le film a un propos et un angle d’approche qui sont dignes d’intérêt. Le scénario, à résonance sociale évidente, se veut une charge ouverte contre la pression qu’exerce le système scolaire sud-coréen. Les étudiantes sont présentés comme les victimes d’un climat étouffant qui évoque l’emprisonnement et la torture, et qui annihile toute expression d’individualité. Le ton est donné au tout début du film, avec une vidéo promotionnelle de cet établissement réputé, qui est présentée aux parents des nouveaux élèves : cette capsule insérée dans le film, qui parodie l’effet mensonger et racoleur de ce type de publicité, est particulièrement ironique et dénonciatrice. La suite du récit sera à l’avenant, cette école ayant toutes les allures et le fonctionnement d'une véritable prison. Les personnages sont quelque peu stéréotypés (la studieuse, la rebelle, la complexée), mais la cinéaste en profite pour explorer les effets psychologiques pervers de la course à la performance sur chacune d'entre elles, et les actrices s'en tirent suffisamment bien pour convaincre. Le film verse progressivement dans la surenchère d’hémoglobine et de fantastique qui est propre au genre, mais là encore, c’est relativement bien fait. Bref, du bon travail d’artisan, pour un film d’horreur modeste mais intéressant, réalisé par une jeune cinéaste démontrant beaucoup de talent. Cela est assez rare pour mériter d'être souligné.