Red Road
Andrea Arnold
Royaume-Uni / Danemark
2006, 113 minutes
Premier film, et coup de maître. Red Road a raflé une panoplie de prix internationaux, dont le prestigieux prix du jury du festival de Cannes. De bien judicieuses récompenses pour ce thriller exceptionnel, qui utilise à merveille l’esthétique danoise Dogma afin de raconter la dérive obsessive de Jackie (Kate Dickie, sublime), employée d’une agence de vidéosurveillance urbaine qui développe une fixation intrigante pour un homme louche (Tony Curran), qu’elle traque aux moyens de caméras installés à travers la ville.
Tourné dans la ville de Glasgow, en Écosse, mais indéniablement sous l’influence de l’école hyperréaliste danoise (Arnold a tiré profit des conseils de Lone Sherfig et d’Anders Thomas Jensen pour son scénario), Red Road joue sur le double terrain du suspense psychologique le plus pur et du portrait social. Le traitement brut et quasi documentaire d’un milieu prolétaire nous fait d’abord penser à l’approche de Ken Loach revisitée par Michael Haneke, tant la thématique de la surveillance et de l’omniprésence des caméras est troublante. Mais le film plonge rapidement et tête baissée dans la quête mystérieuse du personnage de Jackie, dont on se gardera bien de dévoiler quoi que ce soit, tant le film repose sur une intrigue énigmatique à souhait, et qui se révélera absolument bouleversante.
En chemin, le spectateur aura droit à de nombreuses scènes déstabilisantes et imprévisibles, qui entretiennent un sens du mystère presque insoutenable tout en maintenant le film sur la corde raide. Le récit tire également un maximum d’impact d’une mise en scène glauque et terriblement efficace, qui sème un malaise voyeuriste palpable au moyen d’une caméra indiscrète jusqu’à l’excès, suivant pas à pas les gestes incompréhensibles de Jackie. Dans le rôle titre, Kate Dickie est formidable d’authenticité, dans un registre extrêmement exigeant et difficile. Sa performance nous éblouit au plus haut point, et achève de faire de Red Road un film à voir sa faute.