Rasganço (La Déchirure)

Raquel Freire

Portugal

2001, 100 minutes

Cette programmation consacrée aux cinémas du Portugal - véritable festival dans le festival - est peut-être le coup de maître de cette trentième édition du Festival du nouveau cinéma. La richesse, la singularité et la diversité de la cinématographie portugaise ne cessent de nous étonner. À témoin, ce film de la jeune cinéaste Raquel Freire, qui n'a pas encore trente ans, et qui ne ressemble à rien de vu récemment. Flirtant avec un certain cinéma jeune, populaire et branché, Rasganço fouille en profondeur l'inconscient d'une ville, véritable microcosme : la cité universitaire de Coimbra, lieu historique produisant l'élite du pays, centre autosuffisant qui cultive l'exclusion, l'élitisme, le repli sur soi et des rituels initiatiques singuliers - l'un d'eux, qui donne son titre au film, sacre l'achèvement du parcours scolaire de ces futurs avocats, juges, notaires et médecins par une séance symbolique intense où l'on déchire les vêtement du diplômé.

Un étranger attiré et fasciné par cette communauté incestueuse et privilégiée, coupée du monde et autosuffisante, est rejeté par ses membres alors qu'il tente de s'y intégrer. Il ne fait pas partie de la famille, ni de la classe sociale lui permettant de se fondre parmi ces étudiants. Sa colère, attisée par le rejet, sera l'instrument d'une vengeance terrible qu'il servira à la communauté, devenant ainsi un vengeur anonyme drapé de la toge universitaire, faisant régner la terreur sur le campus, revisitant à sa façon les codes et règles de loi que ces étudiants tentent de mettre en application, exerçant une leçon monstrueuse révélant un côté sombre et inavouable qui plonge cette future élite dirigeante du pays dans le chaos et la peur. Il en résulte un étonnant film, en rouge et noir, formidablement stylisé, plein de résonances symboliques et politiques, où cette masse informe d'étudiants drapés de noir forme un magma quasi surréel. Une descente surprenante dans des abîmes de folie graphique vont ponctuer le parcours furieux de cet étranger vengeur.

Raquel Freire signe ici un film fort et personnel : son Rasganço est une oeuvre digne de la splendide diversité du cinéma portugais actuel, et en est l'une des perles noires. À découvrir.

Vu au Festival du nouveau cinéma 2001

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