Princess
Anders Morgenthaler
2006, 90 minutes
Véritable charge contre l'industrie pornographique, ce long métrage controversé du cinéaste danois Anders Morgenthaler constitue un bien curieux objet cinématographique, qui conjugue le film de vendetta personnelle, le cinéma d'animation et l'esthétique hyperréaliste Dogma.
La charge est féroce, et pour illustrer son propos - les ravages humains causés par l'industrie du sexe, en particulier chez les femmes et les enfants - Morgenthaler ne fait pas dans la dentelle. Princess raconte la vengeance orchestrée par August, un prêtre qui décide de venger la mort de sa soeur Christina, actrice pornographique qui a sans doute été assassinée. Il doit également s'occuper de Mia, petite fille de 5 ans et orpheline de Christina, qui a manifestement été elle aussi victime d'abus sans nom. Découvrant toutes ces horreurs, August décide s'attaquer au milieu auquel Christina appartenait.
Face à un sujet aussi délicat - la pornographie, les abus infantiles - Anders Morgenthaler choisit une approche distanciée en optant pour le film d'animation. On comprendra toutefois que ce film ne s'adresse surtout pas à un public familial, tant le film verse dans certains excès graphiques sexuels et violents qui mettront plus d'un spectateur dans un état de profond malaise. Et c'est exactement l'objectif souhaité par le cinéaste : la forme paradoxale du dessin animé, de prime abord naïve, est détournée par des scènes déstabilisantes de furie sanguinaire et par l'insertion de séquences tournées avec de vrais acteurs, caméra à l'épaule, et reprenant les préceptes de l'école danoise du Dogme. Le résultat est pour le moins réussi sur le plan cinématographique, même s'il n'est pas sans susciter de nombreux questionnements sur le plan moral.
Morgenthaler questionne ainsi notre rapport à ce type de cinéma, car sa charge illustre tout ce qu'elle dénonce, en un curieux et contradictoire retournement pervers. Aussi, le message pourra paraître dénué de nuances, tant l'orchestration de la vengeance mène vers un exercice de règlements de comptes brutal et très appuyé au niveau graphique. Aux yeux de certains, ce scénario excessif semblera tout aussi problématique que la pornographie à laquelle elle s'attaque, tant il verse dans les excès de justice solitaire et de violence gratuite à la morale indéfendable. N'en déplaise, la charge porte et ne laisse pas indifférent.