Wong Fei Hung (Once Upon a Time in China)

Tsui Hark

Hong Kong

1991

Film emblématique du savoir-faire du cinéma de Hong Kong, Once Upon a Time in China est la quintessence du film de kung-fu et d'arts martiaux et un chef-d'oeuvre du cinéma d'action, magnifiquement rehaussé ici de dimensions épiques, politiques, fantaisistes et romantiques qui en font aisément l'une des références essentielles de cette cinématographie aujourd'hui récupérée et plagiée par Hollywood. Si vous devez voir un seul film pour vous initier au formidable dynamisme de l'industrie du divertissement cinématographique hong kongaise, industrie qui a complètement redéfini les standards du film d'action de qualité depuis vingt ans, celui-ci est de mise. Et si vous pensez avoir découvert quelques chose d'original et de nouveau avec Crouching Tiger Hidden Dragon, vous allez faire plus ample connaissance avec un genre et un style flamboyants, malheureusement encore méconnus en Amérique.

Spectacle total, à la fois divertissement populaire et oeuvre finement stylisée, Once Upon a Time in China nous met en présence de l'immense talent du cinéaste Tsui Hark et de l'acteur Jet Li, véritables artisans de la réussite de ce film. Bien avant de faire leur entrée à Hollywood (qui plus est dans des films de commande indignes de leur talent et réputation), Tsui Hark et Jet Li sont devenus avec ce film les coqueluches du cinéma asiatique et les artisans d'un nouveau souffle qui a redoré le blason du film de kung-fu. En leur pays, Once Upon a Time in China remporte lors de sa sortie en 1991 un immense succès public couronné par de nombreux prix qui consacrent son indéniable qualité artistique. Jet Li devient ainsi l'un des acteurs de films d'action les plus populaires depuis Bruce Lee. Seul Jackie Chan, qui exploite davantage le côté cabotin des arts martiaux, le dépasse en popularité à l'échelle internationale. De même, le réalisateur et producteur Tsui Hark devient du coup un cinéaste de renom, l'égal d'un John Woo en réputation. Le tandem usera d'ailleurs jusqu'à la corde le filon du film et du personnage incarné par Jet Li : Once Upon a Time in China connaîtra pas moins de cinq suites et rejetons qui en font l'un des cycles les plus importants du cinéma de Hong Kong des années 90.

Que raconte ce premier (et unanimement considéré comme plus réussi) volet de Once Upon a Time in China, dont le titre annonce déjà l'aspect légendaire et épique que le film ne perdra en aucun moment, même si le scénario se réclame également de certains éléments associés à l'histoire de Hong Kong? Le spectaculaire et acrobatique Jet Li incarne Wong Fei Hung, un personnage inspiré d'une figure historique marquante de Hong Kong, un guérisseur et expert en arts martiaux qui s'est battu pour l'intégrité et l'autonomie de son peuple face aux avancées impérialistes et colonisatrices des Britanniques et des Américains à la fin du XIXe siècle. Porté par ces éléments historiques (mais fortement romancés et schématisés, bien sûr), le film de Tsui Hark nous montre la lutte de Wong Fei Hung contre les ennemis de Hong Kong, ennemis à la solde des pouvoirs colonisateurs Britanniques et Américains. Ainsi campé, le film gagne une dimension épique et politique qui confère aux nombreuses scènes d'action qui ponctuent le rythme du film un étonnant souffle et plusieurs niveaux de lecture qui rehaussent les standards de ce type de production. Once Upon a Time in China sert ainsi de révélateur des conflits intérieurs du peuple hong kongais, lui-même divisé et déchiré, partagé entre la corruption chez les uns, l'intégrité et la résistance chez d'autres, quand ce n'est pas le défaitisme, l'opportunisme ou la naïveté.

Oubliez l'épisode américain de Jackie Chan, The Matrix et tous les autres dérivés hollywoodiens qui exploitent la recette asiatique : voilà un vrai film d'action avec des cascades à couper le souffle et des scènes acrobatiques chorégraphiées avec une énergie incroyable. Once Upon a Time in China est un trésor rempli de séquences de combat anthologiques, en particulier dans la seconde partie du film, qui est virtuose et épuisante de bout en bout. Les quarante premières minutes du film ne sont pas représentatives, à cet égard, de l'élan que Tsui Hark atteindra en seconde partie : le film prend beaucoup de temps à installer les situations, personnages et intrigues, patientez, ça en vaut grandement la peine, vous n'en croirez pas vos yeux par la suite!

Bien sûr, les fines bouches trouveront que la trame est un peu mince, les personnages très typés et manichéens, les situations systématiquement outrancières, la musique sirupeuse. Qu'à cela ne tienne, ce n'est pas là que se situe l'intrérêt : la portée de ce film réside ailleurs, dans la maestria visuelle, la splendeur des costumes et, surtout, les prouesses physiques exceptionnelles des acteurs. Ceux pour qui les films de kung-fu et d'arts martiaux sont synonymes de sous-produits psychotroniques violents pour adolescents en seront quittes pour une sérieuse et déconcertante découverte. Car Once Upon a Time in China éblouit par son style, scène après scène, et s'impose comme la référence par excellence du film de combat hong kongais, film qui donne ses lettres de noblesse à un genre longtemps dénigré par l'intelligentsia.

 

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