Geuhae yeoreum
(Once in a Summer)Jo Geun-Shik
2006, 121 minutes
Once in a Summer est la quintessence du mélodrame lacrymal sud-coréen. S’inscrivant parmi les nombreuses évocations cinématographiques qui ont, au cours des dernières années, effectué une relecture du passé socio-politique récent du pays, ce deuxième film du réalisateur Jo-Geun-Shik s’amorce pourtant de manière bien légère et insouciante. Empruntant à la forme convenue du flashback, le récit retrace l'expérience marquante d'un écrivain de renom (Lee Byung-Hun, inoubliable dans A Bittersweet Life de Kim Jee-Woon) au cours de l'été 1969, soit au coeur d'une période agitée, marquée par de nombreuses contestations étudiantes réprimées sévèrement par le régime de Park Chung-Hee. Parti se reposer à la campagne avec d’autres camarades étudiants, Suk-Young amorce une idylle avec Jung-In (Su Ae), une jeune bibliothécaire dont il s’entiche. Mais ces moments bucoliques et sereins, abordés sous l’angle de la comédie romantique, seront brusquement perturbés par une série de malheurs qui font basculer le récit du côté du drame, et bientôt la tragédie pure, lorsque le contexte politique les ramène vers l’impitoyable réalité des événements historiques qui se déroulent au même moment.
Bien que ce soit un trait commun à plusieurs autres productions sud-coréennes, la première partie du film, anecdotique et désinvolte, ne laisse en rien présager l’ampleur de l’escalade dramatique qui suivra. Sympathique, quoique tissé d’une très lourde invraisemblance – Lee Byung-Hun incarnant un jeune homme au début de la vingtaine, ce que l'on ne croit évidemment pas un seul instant – ce segment initial est une simple succession de situations comiques et romantiques, agréables sans plus, qui exploitent le décalage entre ces étudiants urbains et les mœurs des habitants de la campagne. Le film gagne progressivement en richesse d’évocation et en intensité, avec l’aide quelques événements habilement insérés dans le récit. La toile de fond politique et historique, quant à elle, ne surviendra véritablement qu’en fin de parcours. Habilement exploitée en tant que ressort dramatique, elle permet au film d’atteindre de très prenants moments d’émotion qui, bien que grandiloquents, n’en sont pas moins fort efficaces. Ainsi, ce mélodrame populaire se révèle être une belle réussite du genre. Dans la catégorie « apportez vos mouchoirs », il faudra ici prévoir une boîte complète.