Naboer (Next Door)

Pål Sletaune

Norvège

2005, 75 minutes

Pour son troisième long métrage, le cinéaste norvégien Pål Sletaune délaisse le registre de la comédie noire, qui l'a fait connaître, et frappe un grand coup en proposant un exercice de style sadique et sans compromis, prenant la forme d'un thriller paranoïaque sensuel et cauchemardesque dans lequel un homme ayant récemment été délaissé par sa conjointe développe des relations troubles avec deux voisines de palier habitant l'appartement adjacent au sien. Mystérieuses et aguichantes, celles-ci entreprennent un curieux jeu de séduction et de manipulation qui fera basculer le monsieur dans une spirale psychotique à la fois terrorisante et grisante, où la frontière entre le fantasme, la folie et la réalité devient de plus en plus difficile à cerner, tandis qu'il devient la proie de visions perturbantes et que leurs rapports glissent irrémédiablement vers la violence et la perversion.

Manifestement inspirée par le cinéma de Roman Polanski - Repulsion et Le Locataire en premier lieu - et de David Lynch - Blue Velvet, Lost Highway et Mulholland Drive pour ne pas les nommer - l'approche de Sletaune repose tout entière sur le climat claustrophobe et l'atmosphère énigmatique qu'il installe rapidement et avec une grande ingéniosité, pour ne plus relâcher ensuite. La tension et l'aspect hallucinatoire des événements, gardés à égale distance de l'étrange, de l'onirique et de l'horreur, sont créés admirablement au moyen de jeux d'angles et d'un travail de montage virtuose, et avec l'aide d'une direction artistique exploitant de brillante manière un espace filmique restreint. Véritable huis clos confiné à deux appartements dont les moindres pièces et couloirs ouvrent sur une dimension parallèle déroutante, le récit se déploie à coups de retours en arrière, de situations insolites et de scènes chocs - dont une, mémorable de furie érotique se transformant en barbarie sanglante - pour nous perdre davantage dans les dédales mémoriels et les dérèglements psychologiques du personnage principal. Le cinéaste déploie une mise en scène stylisée et redoutable, qui tire un maximum d'efficacité de la courte durée du film. Expédié en soixante-quinze minutes frénétiques et dénuées de temps morts, Next Door a l'effet d'un uppercut vicieux qui laisse bouche bée. Les adeptes de suspenses macabres et sophistiqués et les cinéphiles qui ont apprécié Memento, The Machinist et Chasing Sleep vont jubiler devant ce puzzle machiavélique qui prend un malin plaisir à entraîner le spectateur dans son labyrinthe névrotique.

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