Mulberry Street
Jim Mickle
2006, 85 minutes
Conçu avec des bouts de ficelle et un budget dérisoire, Mulberry Street est une véritable réussite qui parvient avec beaucoup d'intelligence à transcender son terreau initial : le film de genre. Ses concepteurs souhaitaient initialement réaliser un pur film d'horreur indépendant, dans la veine lycanthrope ou morts-vivants, à la manière du George A. Romero des débuts. Limités par un financement extrêmement réduit (largement moins de 100 000 $) ne permettant pas de mettre l'accent sur les effets spéciaux, Jim Mickle (réalisateur) et Nick Damici (acteur) ont plutôt concentré leurs efforts du côté d'un scénario solide et astucieux, porteur de métaphores faisant écho à des préoccupations sociales et environnementales actuelles. Ce choix, ainsi que la sincérité de la démarche et la rigueur de l'ensemble, assurent toute la surprenante pertinence et la force de l'impact de Mulberry Street.
Campé avec un souci évident de justesse et de réalisme dans un Manhattan post-11 septembre, le film présente, dans sa première partie, une galerie de personnages modestes et sympathiques habitant le même immeuble. À mille lieues du cinéma d'horreur habituel, l'approche de Mickle se révèle d'abord marquée par un souci de développement psychologique des personnages, au moyen d'un regard humain porté sur leurs affres quotidiennes. Bientôt, leur sens de la solidarité et leurs aptitudes à la survie seront mis à l'épreuve, lorsque des rats soudainement pris de rage se mettent à attaquer les humains et à les transformer en créatures mutantes et sanguinaires.
Parti d'un sujet mille fois rabâché au cinéma depuis Night of the Living Dead, le film de Jim Mickle étonne par sa formidable débrouillardise et par la qualité de son approche, détournée du côté d'un judicieux commentaire social. Sur le plan technique, l'équipe a manifestement su tirer le maximum des contraintes monétaires et a accouché d'un brillant exemple de cinéma indépendant. Tourné en HD avec une caméra nerveuse et agitée, le film en retire un sentiment d'urgence et de réalisme qui lui font honneur. L'utilisation de lieux réels constitue un vrai tour de force - la majorité des scènes ont été tournées dans le véritable appartement de l'acteur et coscénariste Nick Damici, ce qui ne sera jamais perceptible dans le film - et le jeu juste et nuancé des acteurs éloigne le film des stéréotypes qui caractérisent habituellement ce type de production. La qualité des métaphores est également impressionnante : il est ici autant question de l'embourgeoisement des quartiers populaires, du sentiment de paranoïa généralisée, de l'omniprésence inutile des médias et des méfaits de la négligence environnementale sur le fragile équilibre d'une société en décomposition. Un bien sérieux et pertinent propos pour un film d'horreur devenu en cours de route un commentaire social juste et sensible.