Megacities

Michael Glawogger

Autriche

1998, 96 minutes

 

Sept années avant Workingman's Death, le cinéaste autrichien Michael Glawogger a réalisé ce fascinant documentaire nous présentant les difficiles conditions de vie d'une série d'habitants de quatre des plus grandes mégapoles de la planète : Bombay, Mexico, Moscou et New York. Dans chacune de ces villes, Glawogger est entré en contact avec diverses personnes vivant dans un état de précarité ou d'indigence, et qui doivent effectuer des tâches extrêmement aliénantes ou user de ressources insoupçonnées afin d'assurer leur subsistance. Après avoir établi un lien de confiance avec eux, le cinéaste a rémunéré ces gens et leur a offert de participer à son film, en reconstituant avec le plus grand souci d'exactitude possible certaines situations représentatives des épreuves quotidiennes qu'ils doivent subir. Cette méthode de travail, controversée aux yeux de certains, alimente pourtant de formidable manière ce portrait dur et sans fard des laissés-pour-compte des grandes villes. On assiste ainsi à certaines scènes de leur vie intime ou à leurs activités journalières, parfois captées en direct ou recréées, toujours avec la même rigueur plastique - la direction photo est magistrale - et une profonde authenticité qui flirte avec un certain misérabilisme visant à secouer notre confort et à bousculer notre perception toute occidentale et bourgeoise de l'urbanité. Toutes les séquences sont cadrées à la perfection et tournées dans des lieux réels, souvent mal famés, pollués ou sordides, et l'effet est tout simplement saisissant. Impudique et voyeur à la manière d'Ulrich Seidl - Glawogger a été directeur photo de Animal Love et co-scénariste de Loss Is to Be Expected, de ce dernier - ce documentaire atypique cherche à montrer l'envers de l'opulence et regarde la tragédie de la misère humaine et matérielle en pleine face, tout en mettant en valeur la dignité et le courage de celles et de ceux qui doivent la subir. Avec ce film rare et troublant, Michael Glawogger jette les bases d'une démarche artistique de très haute tenue, doublée d'une conscience sociale aiguisée, qui questionne les inégalités sociales ainsi que l'aspect sans foi ni loi et l'état de dépérissement de la planète. Ce documentaire exceptionnel pourra évoquer Baraka, et pourtant l'approche de Glawogger emprunte des sentiers fort différents, qui s'éloignent du reportage traditionnel afin de travailler son sujet de l'intérieur. Son film resplendit d'une beauté noire, et au-delà des images accablantes qu'il nous assène, il prend la forme d'un splendide hommage aux travailleurs de l'ombre et aux victimes d'une société impitoyable, qu'il capte avec l'aide d'un sens visuel à couper le souffle, même lorsqu'il filme l'horreur. Nécessaire, dérangeant et percutant.

Note : à ce jour, Megacities n'est toujours pas disponible en DVD Région 1. À quand un distributeur nord-américain pour ce documentaire d'exception? Le film est disponible en Europe (Région 2) grâce à l'excellent distributeur autrichien Der Standard, avec des sous-titres français et anglais.

blog counter