Lynch
blackANDwhite
2007, 84 minutes
Qui se cache sous ce pseudonyme plutôt racoleur qui revendique la paternité de ce portrait impressionniste et fragmenté du célèbre et énigmatique cinéaste David Lynch? Cela a somme toute peu d'importance, bien qu'il soit manifeste que ce dernier a eu la chance de côtoyer le maître sur une période étendue. Constitué d'échantillons représentatifs des nombreuses activités qui ponctuent les journées de son sujet ainsi que d'entrevues décontractées voire complètement décousues et errant dans tous les sens, Lynch n'est en aucun cas un documentaire informatif portant sur l'oeuvre filmique du réalisateur de Inland Empire. Ceux et celles qui le visionneront en souhaitant obtenir un éclairage, voire des clés d'interprétation sur sa filmographie et sur l'univers lynchien risquent d'en sortir sérieusement déçus.
Cet essai maniéré refuse toute forme d'analyse ou de distanciation critique face à son sujet et propose plutôt une plongée brute et totalement aléatoire dans l'intimité créatrice et le travail quotidien de David Lynch. Il en ressort un portrait complexe de cet artiste insaisissable, qui cultive un peu son mythe tout en nous permettant de découvrir une facette humaine de ce personnage excentrique. Loin d'être une édification promotionnelle, ce portrait expose sans ambages les multiples dimensions de son sujet : on y voit un Lynch tour à tour raconteur d'anecdotes farfelues et cabotin invétéré (son obsession pour la fête de la Bastille est inénarrable), un être à la fois caractériel et apaisé, féru de méditation transcendantale mais inquiet face à son processus de création, véritable bombe de créativité qui s'agite sans cesse autour de multiples projets.
On y découvre surtout que le cinéaste est un artiste complet, passionné de photographie, patenteur, bricoleur et touche-à-tout infatigable, participant à toutes les étapes de production, jusque dans leurs moindres détails. Son cinéma est ainsi placé dans une perspective beaucoup plus large. Tout cela est présenté à grand renfort d'effets de style : image granulée, effet sali, cadrages incongrus, split screens, agitation frénétique de la caméra et j'en passe. Le traitement peut lasser par moments, mais il est en parfait accord avec les nouvelles préoccupations esthétiques de Lynch, qui a rejeté la pellicule et la technique lourde traditionnelle au profit de la souplesse chaotique du numérique, tout rendant très bien le bouillonnement créatif de l'artiste. Un visionnement essentiel pour les fans et les inconditionnels, pour autant que leurs attentes ne soient pas démesurées face à ce projet modeste, un peu poseur mais éclairant.