London to Brighton
Paul Andrew Williams
2006, 85 minutes
Trois heures sept du matin. Deux jeunes filles font irruption dans une toilette publique. L'une d'entre elles est sérieusement amochée. Elles sont en état de panique et elles veulent quitter Londres à l'instant. Visiblement, elles ont peur d'être pourchassées par quelqu'un. Elles prennent le train et filent en banlieue, à Brighton. Mais que s'est-il passé exactement? Et de qui s'enfuient-elles ainsi? C'est sur ces questions que débute, dans un climat d'agitation intense, le premier long métrage de Paul Andrew Williams. Un film tendu, dur et percutant qui oscille entre le réalisme social à la Ken Loach et le thriller criminel sordide.
London to Brighton a cumulé les récompenses lors de son passage aux festivals de Raindance, d'Edinburgh et de Dinard, et on comprend vite pourquoi. Forte de performances remarquables de l'ensemble de ses interprètes - en particulier du duo de jeunes actrices principales, Lorraine Stanley et Georgia Groome, extrêmement convaincantes - cette fiction viscérale est habilement construite en forme de thriller entrelacé de longs flashbacks dévoilant progressivement les origines du drame. En abordant de manière parfois insoutenable des thématiques difficiles - notamment la prostitution juvénile - Paul Andrew Williams dévoile un talent indéniable de metteur en scène. Sa réalisation, nerveuse et brutale, faite de nombreux plans rapprochés, est traversée de quelques éclats de style et de quelques plans soignés qui témoignent d'un sens esthétique affirmé.
Mais c'est la rudesse et la virulence d'un milieu immoral et sans foi ni loi qui s'imposent dans ce film violent, impitoyable et désespéré, où l'en retrouve bien peu d'espoir. Le parcours de ces deux jeunes filles n'épargnera pas le spectateur, confronté à plusieurs reprises à des événements qui glacent le sang. Le cinéaste ose soulever des réalités que l'on préfère trop souvent passer sous silence, mais il dose admirablement la nécessaire exposition de la cruauté et de la douleur - et les limites de ce qu'il peut montrer - lors de certaines séquences cruciales. Aussi, malgré le misérabilisme souvent affligeant des situations vécues par les protagonistes, London to Brighton vise juste et frappe fort, et place Paul Andrew Williams parmi les nouvelles voix les plus intéressantes du renouveau cinématographique du Royaume-Uni, aux côtés de Shane Meadows (This is England) et d'Andrea Arnold (Red Road).