La Pianiste
Michael Haneke
France / Autriche / Pologne / Allemagne
2001, 131 minutes
Du sang, du sperme, de l'urine. Du voyeurisme, de la violence sexuelle et psychologique, des situations choquantes et limites, pathologies perverses et malsaines décapant le beau vernis de l'élitiste vase clos de la société musicale autrichienne. Le dernier film de l'impitoyable cinéaste Michael Haneke sera pour lui la voie royale de la consécration : à peine connu ou distribué jusqu'à maintenant, voilà son dernier film couronné du Prix du Jury, des Prix d'interprétation masculine et féminine du dernier festival de Cannes, dont il a été le grand gagnant, et d'une aura controversée largement méritée. Étonnant sort pour un film aussi froid, difficile et éprouvant, dont on sort complètement abattu.
La Pianiste a la précision et l'aspect clinique d'un scalpel, ou d'une lame de rasoir. Et il nous lacère de part en part. Plusieurs resteront perplexes sinon complètement déroutés ou dégoûtés par ce récit dénué de toute explication psychologique, qui nous laisse seul et sans repères face à ce professeur de piano émérite (Isabelle Huppert) mais à la vie intime castrée par une mère possessive (Annie Girardot) et qui, sous la surface rigide d'une droite, sèche, professorale et rigoureuse posture intellectuelle, cache un penchant sordide pour une sexualité solitaire inqualifiable. Sa rencontre avec un jeune séducteur et doué élève (Benoît Magimel) qui s'éprend d'elle révélera des abîmes d'horreur. Construit en de très longues et maintes fois éprouvantes scènes impeccablement mises en scène, à la facture classique parfaite, le film laisse toute la place au jeu exceptionnel du trio Girardot-Magimel-Huppert, tous formidables, en particulier cette dernière. L'actrice fétiche de Chabrol y trouve l'un des plus consistants et mémorables personnages de sa carrière, égalant ou dépassant ceux de La Cérémonie ou de Une affaire de femmes. Huppert est à la hauteur de ce rôle indéfendable : son interprétation nous éblouit d'abjection et d'humanité. La Pianiste est magistral et très fort, mais soyez avertis, voilà un film profondément dérangeant et confrontant. Du grand cinéma.