La France
Serge Bozon
2007, 106 minutes
Extrait des carnets du Festival du nouveau cinéma 2007
Un titre extrêmement prétentieux pour le lauréat du prix Jean-Vigo 2007. Cette improbable évocation de la Première Guerre mondiale nous fait suivre le chemin d'une jeune femme (Sylvie Testud) qui se déguise en homme et qui se joint à un régiment parcourant la campagne française afin de retrouver son mari parti au front. Souhaitant manifestement apporter un peu de fraîcheur et d'originalité au genre très codifié du film de guerre, le critique de cinéma et réalisateur Serge Bozon a privilégié une approche à la fois lyrique et âpre, où une reconstitution minimaliste et sèche mais très littéraire de la vie de soldat est ponctuée de numéros musicaux inattendus. Le résultat est une sorte d'élégie pacifiste saluant la dignité humaine.
Très efficace sur le plan de la mise en scène, forte de nombreux plans superbes, le film est malheureusement plombé par son style affecté et très agaçant. La coquetterie du prétexte scénaristique manque de crédibilité : on ne croit pas une seule seconde que ces gens sont des soldats, et encore moins au subterfuge de cette femme déguisée. Le jeu des acteurs, distancié et inexpressif, est un autre irritant majeur - on n'aura jamais vu un Pascal Greggory aussi terne et éteint. Les passages chantés sont d'un ridicule consommé - on a droit à une version désagréable et ronflante des Beach Boys s'en vont en guerre, sur fond de bric-à-brac folklorique mâtiné de pop british mal assimilée. Certes, l'approche est plus poétique que réaliste, mais elle ne justifie pas de telles boursouflures. Maniéré et maladroit.