Isolation
Billy O'Brien
Irlande / Royaume-Uni
2005, 95 minutes
Participant de la nouvelle vague d'horreur britannique, ce premier film du cinéaste irlandais Billy O'Brien affiche clairement ses préoccupations sociales face aux enjeux éthiques et aux risques reliés aux mutations génétiques et à la manipulation de l'ADN. Entièrement campé dans une ferme perdue en campagne irlandaise, ce huis clos rural à l'atmosphère glauque et menaçante prend la forme d'un thriller horrifique écologique, et expose les effets catastrophiques d'une expérience scientifique qui vire au cauchemar le plus total. Dan Reilly (John Lynch, excellent) est propriétaire d'un élevage bovin. Sa ferme vétuste ne lui permet plus de subvenir à ses besoins, et il accepte de participer aux recherches d'une équipe qui tente d'améliorer la vitesse de reproduction des animaux pour des fins de meilleure productivité. Mais la vache utilisée lors des tests manifeste d'étranges symptômes. Le fétus du veau qu'elle porte mord la vétérinaire de l'équipe lors d'un examen. Quelque chose ne va pas. Et le pire est à venir.
Magnifiquement amorcé avec un générique stylisé qui rend un hommage inspiré aux films d'horreur des années soixante-dix, sur fond d'une musique lancinante et macabre à souhait, Isolation prend le temps d'effectuer une mise en place des personnages et des situations qui est fort crédible et réaliste. Le climat de tension est palpable, mais l'approche du cinéaste témoigne d'un souci d'authenticité dans la présentation des activités du fermier et de la vétérinaire. Le film gagne ainsi en justesse, tout en étant porté par une direction photo expressive et soignée et par mise en scène qui multiplie les cadrages ingénieux. Lentement, une ambiance lugubre va céder le pas au déploiement d'une horreur viscérale annonçant les pire scénarios épidémiologiques imaginables.
La deuxième partie bascule toutefois entièrement dans les conventions du film de genre. À partir de là, Isolation emprunte beaucoup à Alien, dont il devient une version rurale et écologique, avec quelques réminiscences du Cronenberg des débuts, en particulier dans l'exploration des thèmes de la mutation, des parasites, de la contamination et de l'infection. Le propos social se sera dilué en cours de route, au profit d'un suspense sanguinolent et d'une surenchère assez convenus. Le film n'en demeure pas moins un exercice de terreur réussi, qui exploite admirablement son contexte rural et les considérations de menace écologique qu'il évoque avec panache. En somme, une première réalisation de qualité, rehaussée d'un commentaire social et d'une esthétique travaillée qui se distingue du tout venant des films d'horreur.