Isabella
Pang Ho-Cheung
2006, 109 minutes
Jeune cinéaste surtout connu pour ses comédies rocambolesques, Pang Ho-Cheung se transforme en émule de Wong Kar Wai avec ce drame lancinant porté par une splendide direction photo et une superbe musique aux accents mélancoliques. Comme Johnnie To dans Exiled, mais dans un registre complètement différent, Pang utilise à merveille l'ambiance particulière de l'île de Macau pour raconter l'histoire d'un policier corrompu (Champman To) abonné aux rencontres sans lendemain, dont la vie désolante sera chamboulée par l'arrivée d'une jeune fille (Isabella Leung) qui l'oblige à faire face à son passé.
La relation tortueuse et ambiguë qui se dessine entre ces deux être blessés et autodestructeurs est l'occasion pour Pang de démontrer l'étendue de son talent, que l'on croyait limité au registre de l'humour cabotin à portée sociale. Il se révèle également habile dans le registre émotif et dramatique, avec ce portrait touchant d'un paumé aux allures pathétique et d'une jeune écorchée vive qui viendra lui brasser sérieusement la cage. Relativement mince, la trame narrative réserve tout de même quelques surprises, grâce à sa construction temporelle fragmentée. Elle est également rehaussée de moments humoristiques, ainsi que de légers emprunts au polar, qui demeurent toutefois anecdotiques.
Car la principale préoccupation du cinéaste est manifestement ces deux personnages errants dont les chemins ne se croisent pas tout à fait par hasard, et surtout, la composition d'une atmosphère sublime, faite de tristesse et de nostalgie. Campé en 1999 à Macau, en pleine rétrocession, Isabella fait des lieux un personnage à part entière, marqué par l'influence portugaise. La composition travaillée des plans et la direction artistique, léchée et somptueuse, n'évitent pas un certain côté racoleur propre à un cinéma d'auteur esthétisant, mais cela est fait avec énormément de goût et de savoir-faire. On notera également la qualité du jeu des acteurs - en particulier de Chapman To, étonnant de retenue et d'intériorité - et la musique ensorcelante, en particulier les chants d'un fado déchirant. Mais c'est sur le plan visuel qu'on est ici, littéralement, subjugué. Avec After This Our Exile, Isabella confirme que le cinéma de Hong Kong ne se limite pas aux films de genre.