Inland Empire

David Lynch

États-Unis / France / Pologne

2006, 179 minutes

Ayant rejeté la pellicule et opté pour le numérique, David Lynch en profite pour se défaire des dernières conventions cinématographiques et narratives que l'on retrouvait dans Mulholland Drive, pour atteindre un plateau d'expérimentation et de liberté créatrice sans précédent depuis Eraserhead. Cauchemardesque et opaque, basculant dans un délire paranoïaque halluciné et quasi indéchiffrable, ce tour de force inracontable déconstruit et renouvelle son univers en profondeur et nous laisse abasourdi et hagard, mais transporté. Avant tout sensorielle, l'expérience confine à l'abstraction, tout en s'imposant comme un formidable objet de fascination et d'éblouissement paranoïaque. Après la somptuosité de ses réalisations précédentes, la mise en scène déroute par son sens aigu du chaos et du danger, sur lequel le film tout entier repose. C'est dire combien Lynch a risqué en radicalisant sa démarche de manière aussi accentuée. Même les habitués y verront leurs repère habituels être sérieusement bafoués. La réussite de Inland Empire n'en est que plus éclatante. D'une durée de plus de trois heures, cette plongée en apnée vertigineuse au sein des eaux insondables de l'imaginaire lynchien demande un abandon total ainsi qu'une certaine connaissance de la filmographie du maître afin d'en apprécier toute la portée, tant le projet est démesuré, complexe, inextricable. Les inconditionnels y découvriront avec jubilation un auteur au meilleur de sa forme, désormais affranchi de toute entrave créatrice et ayant largué les amarres vers de nouvelles contrées où s'entremêlent terreur pure et poésie noire. Le mystère vénéneux de ce drame touffu propulse le spectateur dans une dimension parallèle d'une intensité et d'une rigueur foudroyantes. Quiconque aime se perdre dans les méandres de l'inconscient trouvera ici une matière formidable, inépuisable.

Lotus d'or

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