I'm Not There
Original Soundtrack
Sony (2007)
D'abord les statistiques, elles jettent par terre : 2 disques, près de 160 minutes de musique, 34 chansons dont 33 interprétations tirées du répertoire connu et méconnu de Bob Dylan, 1 pièce originale jouée par le maître lui-même avec The Band, près d'une trentaine de chanteuses et de chanteurs et des dizaines et des dizaines de musiciens provenant de tous les horizons musicaux imaginables. Aussi éclectique, kaléidoscopique et tourbillonnant que le film exceptionnel du même nom de Todd Haynes, I'm Not There est sans l'ombre d'un doute une trame sonore d'une qualité et d'une richesse trop rares pour ne pas être soulignées. On abuse trop souvent du mot de nos jours, mais là, c'est vrai : cette parution est un événement.
Quelles que soient nos affinités musicales, il y en a pour tous les goûts sur cette généreuse double galette incroyablement substantielle, des interprétations d'une fidélité monacale à d'autres, plus libres et audacieuses face au matériel d'origine. Certains - mais pas tous - des plus grand succès de Dylan s'y retrouvent, tout comme des morceaux plus obscurs ou uniquement connus des fans, toutes périodes confondues et représentées. Pour chacune de ces chansons, l'exercice de comparaison avec les versions interprétées par Dylan pourra amuser ou irriter les aficionados et les puristes, mais en bout de ligne, l'évaluation est vaine. Cet objet se veut un hommage à l'oeuvre et à l'artiste, que ces versions soient supérieures ou inférieures n'est même pas une question. Elles accompagnent et complètent désormais les originales, et elles forment surtout un ensemble d'une formidable pertinence.
L'une des forces indiscutables de cette trame sonore réside dans l'utilisation de deux groupes de choix sur un grand nombre de pièces : d'abord Calexico, un band toujours aussi essentiel et inspiré, qui accompagne admirablement les Iron & Wine, Charlotte Gainsbourg, Roger McGuinn (chanteur de The Byrds) et Willie Nelson. McGuinn, avec "One More Cup of Coffee", et Nelson, avec "Senor", offrent très certainement deux des meilleures interprétations du premier disque, avec leurs chants solennels et émouvants. Deux pièces renversantes, la rencontre de ces deux légendes avec les airs mélancoliques et mexicains chers à Calexico créant des étincelles fabuleuses. De même, le supergroupe nommé "The Million Dollar Bashers", composé de membres de Sonic Youth, de Nels Cline, de Tom Verlaine et de John Mesdeski - c'est ce qu'on appelle une formation du tonnerre - fait des merveilles sur de nombreuses pièces, en particulier avec les trois interprétations signées par Stephen Malkmus, qui reçoit l'insigne honneur du plus grand nombre de prestations vocales sur l'album. Todd Haynes avait déjà employé un supergroupe créé spécifiquement pour un projet de film avec Velvet Goldmine, et une fois de plus, ce choix se révèle porteur d'une cohérence et d'une puissance foudroyantes.
Il serait trop long d'énumérer tous les artistes qui viennent faire leur tour de piste. Certains, bien sûr, se distinguent plus que d'autres. Parmi les nombreuses pièces marquantes, mentionnons notamment, en plus des moments de grâce offerts par Calexico en tandem avec Willie Nelson et Roger McGuinn : la version époustouflante de justesse de la pièce titre "I'm Not There" par Sonic Youth, un jalon pour ce groupe; la relecture mordante et vive de "Highway 61 Revisited" par Karen O, des Yeah Yeah Yeahs; les deux interprétations rugueuses et sensuelles de Yo La Tengo; la mystérieuse et envoûtante version de "Cold Irons Bound" par Tom Verlaine, indéniablement un des sommets de l'album; la lancinante version de "Simple Twist of Faith", chantée par un Jeff Tweedy (Wilco) à la voix hantée par le fantôme de Dylan; et la bouleversante appropriation de "Knockin' on Heaven's Door", chantée à fleur de peau par Anthony & the Johnsons.
On pourrait continuer ainsi longtemps. Chaque écoute révèle de nouvelles surprises. Inutile de s'étendre : procurez-vous l'album et savourez-le. Que l'on soit familier avec le répertoire de Dylan ou pas, le constat est le même : le film et le disque sont des incontournables et des accomplissements qui laissent bouche bée. I'm Not There est un modèle de collaboration artistique et d'hommage musical.
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