I'm Not There
Todd Haynes
2007, 135 minutes
Extrait des carnets du Festival du nouveau cinéma 2007
Encore une fois, la journée se termine en apothéose totale, avec la projection de I'm Not There, biographie éclatée et atypique de la vie de Bob Dylan, réalisée par le brillant cinéaste américain Todd Haynes. Ce dernier n'a pas pu être présent comme l'avait laissé entendre la rumeur, mais il s'est tout de même adressé au public du Festival du nouveau cinéma, par le truchement d'une vidéo personnalisée qui a été projetée juste avant le film. Il y avait beaucoup d'agitation dans la salle et pour cause : le film a été tourné à Montréal et en Estrie l'an dernier, et les artisans québécois du film, fort nombreux, étaient présents lors de la projection.
Pour ce qui est du film, que dire après une telle expérience... d'abord qu'il s'agit sans conteste de l'un des films les plus ambitieux et les plus réussis du cinéaste, et l'un des meilleurs films de l'année. Biographie détournée et kaléidoscopique, certes, film musical également, quoique très différent de Velvet Goldmine, mais aussi un film social, avec un immense arrière-plan historique, politique et culturel. Un film virtuose et étourdissant, tout aussi insaisissable et multiforme que le mythe vivant qu'il met en scène, ce Bob Dylan prenant l'identité de six personnages incarnés par six acteurs différents, d'Arthur Rimbaud à Woody Guthrie adolescent, en passant par Billy the Kid. Expérimentale et fragmentée, la mise en scène est un tour de force ahurissant qui collisionne les époques, pastiche les styles, multiplie les clins d'oeil et dissèque son sujet avec une intelligence et une vivacité d'esprit proprement stupéfiantes.
Une connaissance élémentaire de la vie et de l'oeuvre de Bob Dylan permettra d'apprécier davantage cette oeuvre extrêmement sophistiquée et exigeante, mais aussi fort ludique, drôle, libre et inventive, mais elle n'est pas absolument requise, tant le film de Todd Haynes offre de nombreuses pistes de lecture, tant sur Dylan que sur les États-Unis et sur le vedettariat. Soulignons également une trame sonore de premier ordre, faite des chansons de Dylan bien sûr, mais aussi de pièces de Calexico, Sonic Youth, Yo La Tengo, Anthony & The Johnsons et plusieurs autres, ainsi que des interprétations particulièrement inspirées de Christian Bale et de Cate Blanchett. Cette dernière vole littéralement la vedette avec son Dylan frondeur et androgyne. Voilà un film majeur dont on reparlera plus longuement lors de sa sortie, prévue en novembre.