Hula Gâru (Hula Girls)
Lee Sang-il
2006, 108 minutes
Grand succès en salle au Japon et triomphe colossal avec plus d'une vingtaine de prix remportés au pays du soleil levant - y compris un doublé pour la palme du meilleur film, attribuée autant par les Japanese Academy Awards que par les Blue Ribbon Awards - Hula Girls arrive sur nos rivages auréolé d'une réputation du tonnerre. Une telle avalanche de récompenses semble pourtant démesurée en regard de l'accomplissement cinématographique d'un film certes sympathique et émouvant, mais d'évidence formatée pour un grand public avide de mélodrame édifiant. Le récit, bien mené mais prévisible, nous transporte en 1965, dans un petit village minier du Nord du Japon. La population vit dans la colère et l'inquiétude, tandis que la direction de la mine de charbon qui fait vivre les familles du village menace de supprimer des milliers d'emplois. L'entreprise tente de se racheter en initiant un projet de centre culturel hawaïen - euh, pourquoi pas? - qui susciterait un attrait touristique tout en créant quelques centaines d'emplois, surtout pour les jeunes filles de la région, appelées à devenir des danseuses hula. Mais les familles à la morale conservatrice sont très méfiantes face à ce projet quelque peu farfelu, et elles ne voient pas du tout d'un oeil favorable l'arrivée d'une danseuse professionnelle, chargée d'apprendre les rudiments du déhanchement froufrouté à leur progéniture.
Mêlant habilement les thèmes du passage à l'âge adulte, du rapport maître-élève et de l'apprentissage artistique avec une perspective socio-historique, le film de Lee Sang-il possède certaines qualités qui lui permettent de se hisser au-dessus du simple divertissement. Les scènes de danse sont particulièrement dynamiques et réussies, et elles constitueront le principal centre d'intérêt du film pour la majorité des spectateurs. Mais les meilleures moments de Hula Girls sont ceux où le cinéaste aborde la question de l'émancipation féminine, du conflit des générations et de la transformation des valeurs de la société japonaise de l'époque, en particulier lors des affrontements entre Kimiko (Yû Aoi, qu'on a déjà vu dans Memories of Matsuko et Hana and Alice) et sa mère. Ces séquences prenantes insufflent une force dramatique au film de Lee Sang-il, et elles convainquent bien davantage que les épisodes d'entraînement et d'apprentissage, traversés d'un humour plutôt quelconque. On regrettera également que le réalisateur appuie inutilement les effets lacrymaux en cours de route, soulignant à grands traits mélodramatiques le triomphe de l'espoir et des rêves devant l'adversité. Tout cela est bien noble, bien fait et ne manquera pas de remuer les amateurs de cinéma pur bonheur, mais les similitudes avec The Full Monty et Billy Elliott sont évidentes, et elles ne jouent pas en la faveur de Hula Girls, qui cherche trop à nous faire vider notre boîte de mouchoirs. Ceux et celles qui ont aimé Always: Sunset on Third Street devraient toutefois y trouver amplement leur compte.