Gojitmal (Lies)
Jang Sun-Woo
1999, 112 minutes
Film pornographique que ce Lies si controversé en son pays d'origine, comme l'ont souligné certaines sources annonçant le film sulfureux par excellence de l'année? Tout de même pas - nulle sexualité explicite comme dans Romance ou encore Baise-moi, mais passablement d'audace et de soufre pour film sud-coréen. Un brûlot à l'esprit punk et trash, filmé caméra à l'épaule, avec un budget dérisoire, un montage volontairement échevelé et approximatif. Ceux qui attendaient une version hardcore et moderne du Dernier tango à Paris en seront sans doute quittes pour une déception, car Lies n'a que très peu de prétentions philosophico-psychologiques face au cul qu'il expose sans ambages ni explication. Loin du sexe cérébral à la Catherine Breillat, Jang Sun-Woo affirme férocement son esprit et son caractère indépendant avec un film qui expose brutalement et dans sa plus banale réalité la relation entre un artiste d'âge mûr récemment plaqué par sa femme et une toute jeune fille encore d'âge scolaire, et de leur relation essentiellement basée sur le coït. Pas de Lolita là-dedans toutefois, mais un curieux rapport de force où les deux protagonistes, tour à tour, s'amusent et se complaisent à faire de l'autre son objet sexuel, avec dérives obligées et inévitables du côté du sadomasochisme, du fétichisme, de l'humiliation et autres plaisirs des amants ouverts d'esprits et anxieux de tester leurs limites. Avec en prime, pour ceux qui savent lire en filigrane des corps couverts de sueur, la métaphore à peine voilée d'une société déchirée par la tension entre les normes sociales traditionnelles et de nouvelles valeurs le plus souvent nihilistes qui bouleversent cette société de l'intérieur.
Le résultat a certes de quoi décoiffer et offrir une belle leçon de cinéma underground rebelle et provocateur. Lors de la projection à Fantasia, devant une salle comble qui ne voulait que des sensations fortes et des scènes salées, la réaction a été fort mitigée, de l'exaspération la plus profonde au stoïcisme pantois en passant par la jubilation et la complicité. Il faut dire que le film, passé l'exposé "film dans le film" initial et une longue et très détaillée (et assez audacieuse et hardcore merci!) première rencontre des deux amants, le film glisse dans une succession un peu redondante et banale de scènes érotiques avec variantes volontairement ridicules sur le thème du sado-maso. L'intelligence du réalisateur aura été de traiter le sujet avec un humour et une distanciation salutaires qui font toute l'originalité du film, dénué de prétention. Le regard absurde et comique sur le pathétique de cette relation, qui désamorce sans cesse le côté dramatique et grave de la "chose", est effectivement original, preuve étant que la plupart des spectateurs même avertis en auront été surpris, certains agréablement, d'autres désagréablement. Au total, un film qu'on n'écoutera surtout pas en famille, fort et personnel de par les réactions nombreuses et opposées qu'il suscite. Tout de même un peu mal foutu mais sympathique que ce Lies, il ne vous laissera certainement pas indifférent. Assurément pas un film comme vous pourrez en voir en salles en tout cas, et fidèle à l'esprit libre et iconoclaste de l'irremplaçable cinéma asiatique!