Pongryeok-sseokeul (Gangster High)

Park Ki-Hyeong

Corée du Sud

2006, 108 minutes

 

Le réalisateur de Whispering Corridors et de Acacia quitte le registre de l’horreur et du fantastique et aborde le phénomène des luttes de gangs adolescents avec cette saga brutale qui expose l’escalade de la violence chez des étudiants sud-coréens. Raconté sous la forme du flashback, le récit décrit la naissance d’une amitié chez une bande de jeunes garçons arrivés au seuil de l’âge adulte, illustrant les liens qui les unissent (leurs frasques, et surtout leur passion pour le soccer, qui les pousse à fonder un club) et la rivalité qu’ils entretiennent avec un groupe de voyous plus âgés qu’eux et qui font régner la terreur dans leur quartier. Leurs activités dévient rapidement vers des bagarres de plus en plus agressives, alors qu’ils ripostent aux agressions de ces tyrans. Le cercle vicieux de la vengeance et du règlement de comptes est enclenché, et des dérives tragiques sont à prévoir.

 

Décidément, on aime se taper dessus en Corée. De Friend à Once Upon a time in High School, le cinéma sud-coréen a maintes fois abordé le sujet de la camaraderie masculine et de ses accès de violence. Park Ki-Hyeong avance donc en terrain largement défriché, et il s’en tire avec honneur, notamment grâce à une galerie de personnages bien dessinés, interprétés avec beaucoup de justesse par les jeunes acteurs. Le cinéaste accorde une large place à la mise en situation des personnages, à leurs interactions et leurs motivations, ce qui les rend crédibles et attachants. Cette peinture de groupe est contextualisée – nous sommes au début des années quatre-vingt-dix – et permet au film d’être davantage qu’une simple succession de bastonnades et de tapochage en règle.

 

Le film contient tout de même de nombreuses scènes de batailles, de plus en plus âpres et violentes, pour aboutir à un paroxysme de sauvagerie barbare, le temps d’une longue scène d’une violence inouïe, qui doit constituer un des sommets sanguinolents du genre. Le traitement de la violence est tour à tour cru et direct, filmé de manière réaliste et frontale, puis de plus en plus stylisé, jusqu'à un passage en noir et blanc, ce qui témoigne d’un regard pour le moins ambigu – cette démonstration cathartique étant à la fois dénoncée, mais également déployée de manière à la rendre esthétique et fascinante, au moyen d’effets appuyés. On notera aussi une utilisation abusive et plutôt incongrue d’une musique qui souligne l'aspect viril et insouciant de ces jeunes hommes - notamment la chanson "Just a Gigolo", de David Lee Roth (euh...), chanson thème du film - qui renforce la dimension ironique de ce déploiement de violence chez cette jeunesse rageuse, comme si le cinéaste hésitait entre le divertissement et la condamnation de cette tare sociale. On pourra malgré tout se laisser convaincre par la justesse du portrait et la qualité de la réalisation, si on peut faire abstraction d'une certaine complaisance dans le traitement du sujet.

 

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