Böse Zellen (Free Radicals)

Barbara Albert

Autriche / Suisse / Allemagne

2003, 120 minutes

 

Au tout début du premier long métrage de la cinéaste autrichienne Barbara Albert, le battement d'ailes d'un papillon entraîne un accident catastrophique annonciateur d'une série d'événements et de situations placées sous le signe du chaos émotif et de la détresse humaine. La table est mise pour un nouveau film choral esquissant les destins entrecroisés d'une quinzaine de personnages de tous les âges, reliés entre eux par une série de catastrophes, de hasards ou de rencontres fortuites qui feront basculer leur destin. Ces hommes et ces femmes, adolescents, adultes ou d'âge mûr, souffrent tous de solitude, de rejet ou de culpabilité, et recherchent la rédemption ou tentent de combler un terrible vide affectif. Ce cousin autrichien dérivé des narrations éclatées et polyphoniques de Short Cuts ou de Magnolia témoigne d'une ambition démesurée de la part d'une jeune cinéaste qui semble avoir voulu aborder tous les maux de la société occidentale postmoderne en une seule fiction pliant sous le poids de ses considérations sociales. Celles-ci sont parfois justes, mais abordées en surface et trop rapidement expédiées. Résultat : le film apparaît comme un fourre-tout accumulant un nombre incalculable de thématiques, où s'entremêlent de façon confuse une recherche de spiritualité - on a même droit à des séances de ouija -, des quêtes de rédemption, le passage à l'âge adulte, une sexualité dépravée, des tragédies amoureuses, des considérations générationnelles et tous les symptômes de l'aliénation urbaine. C'est beaucoup - pour tout dire, c'est trop.

 

La démonstration profite d'un savoir-faire évident sur le plan technique, mais souffre d'une approche poseuse et artificielle, multipliant les péripéties enchaînées à une vitesse foudroyante, tout en appuyant et en forçant la note. Cette surenchère annihile toute possibilité de susciter une émotion ou de créer un véritable intérêt envers des personnages réduits à l'état d'idées ou d'esquisses, souvent abandonnés en cours de narration avant de resurgir sans crier gare. La cinéaste a manifestement puisé son inspiration dans des films comme Amores Perros, pour l'importance des accidents dans le déroulement du récit, ou Happiness, de Todd Solondz, et Dog Days, de son compatriote Ulrich Seidl, pour l'aspect sordide et affligeant des tragédies vécues par les personnages. Beaucoup trop consciente de ses effets, la réalisation pêche par sa volonté d'épater la galerie à tout moment. Les multiples effets de style et la grandiloquence du traitement, tout comme les incessantes brisures de registre, hésitant sans cesse entre le réalisme (tombant à plat) et un aspect poétique et esthétisant (mal maîtrisé), nuisent considérablement au déploiement de cette matière décousue, cherchant constamment à nous émouvoir, mais ratant continuellement sa cible à force de vouloir tout étreindre à la fois. Le résultat est un film bancal, dont on peut réchapper quelques moments de qualité, mais beaucoup trop long et alourdi par de nombreuses séquences inutiles. Loin de nous bouleverser, son chaos s'achève malheureusement dans l'ennui. Souhaitons que la cinéaste, qui a manifestement beaucoup de talent, réduise son champ d'approche, rectifie son tir et vise mieux la prochaine fois.

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