Les carnets du festivalier - Festival du nouveau cinéma 2007
Jour 9 - 19 octobre
Gegenüber (Counterparts), Jan Bonny, Allemagne
Récit sordide et suffocant qui nous entraîne dans la terrible dynamique d'un couple dont le mari, un policier mollasson, masochiste et hagard, est tyrannisé par sa femme violente et en proie à de graves troubles psychologiques. Leur dynamique perverse et autodestructrice est auscultée par une mise en scène froide et clinique, qui expose la terrible brutalité physique et psychologique de leurs rapports. Glauque et asphyxiant, le film de Jan Bonny prend littéralement le spectateur en otage et le plonge sans répit dans un gouffre d'émotions malsaines au bout duquel ne se trouve que le désespoir et la détresse les plus absolus. Cette terrible évocation est rendue par des acteurs époustouflants de justesse, en particulier l'actrice Victoria Trauttmansdorff, éblouissante dans un rôle particulièrement difficile. Une épreuve de douleur et de désolation dont on sort ébloui et accablé, et un film qu'on n'est pas prêt d'oublier.
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The Tracey Fragments, Bruce McDonald, Canada
Quelle belle surprise avec ce formidable film canadien inventif, stylisé et percutant qui raconte les mésaventures d'une jeune adolescente (excellente Ellen Page) qui s'enfuit du domicile familial à la suite de la disparition de son jeune frère. Errante, elle narre son existence ponctuée de difficultés à l'école et à la maison. Extrêmement originale, la mise en scène est composée de multiples écrans miniatures que le spectateur doit suivre en simultané afin de décrypter le portrait kaléidoscopique de cette adolescente au mal de vivre accentué. Très inspiré, McDonald tire le meilleur de cette expérimentation formelle qui transcende l'utilisation du dispositif conceptuel des écrans multiples et des "split screens" en mouvement afin de donner corps et vie à son adaptation du roman de Maureen Medved. Loin des tentatives absconses et prétentieuse de Peter Greenaway, le cinéaste a brillamment construit une oeuvre tout en rythme et en mouvement, passionnante à suivre et pleine d'énergie. À souligner également, l'excellente trame sonore signée par Broken Social Scene. Éclaté, exigeant, drôle et stimulant.
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Elle s'appelle Sabine, Sandrine Bonnaire, France
Bouleversant documentaire qui expose avec empathie et tendresse le destin tragique de la soeur de Sandrine Bonnaire, Sabine, une autiste ayant subi un internement de cinq ans dans un établissement psychiatrique qui a contribué à l'importante dégradation physique et psychologique qu'elle a dû traverser. Alternant les évocations lyriques de sa jeunesse, au moyen des images de nombreux films amateurs où l'on voit une Sabine très vivante et dynamique, ainsi que la brutale et triste réalité de sa condition actuelle, à l'âge de 38 ans, le film est un vibrant plaidoyer pour la dignité humaine et pour de meilleurs soins spécialisés pour les gens qui sont victimes de ce type de maladie. Une approche lucide, sans fard mais très respectueuse, qui offre un portrait extrêmement touchant et un document essentiel sur l'autisme.
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Pretty in the Face, Nate Meyer, États-Unis
Film indépendant américain à micro-budget, dont les deux personnages principaux souffrent d'un mal de vivre galopant. D'un côté, un jeune adolescent vit difficilement son obésité, de l'autre une jeune femme traverse une épreuve dans son couple et dérive vers des fantasmes sexuels malsains. Loin de la perversité et de la provocation que de tels sujets auraient suscité chez un Larry Clark ou un Todd Solodz, Nate Meyer opte pour une approche conventionnelle et très réaliste qui se concentre sur la dimension humaine et psychologique de ses personnages. Très modeste, la production est parfois aux limites de l'amateurisme et des bons sentiments, mais certaines scènes sont un peu plus réussies. Un effort honnête, sans plus.
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Yella, Christian Petzold, Allemagne
Véritable énigme que ce film très singulier de Christian Petzold. Froid et austère comme le sujet qu'il aborde - une jeune femme persécutée par un ancien copain envahissant et destructeur et qui cherche à refaire sa vie en travaillant comme comptable dans le monde stratégique et impitoyable des affaires - Yella est traversé d'un secret quasi impénétrable, qui pourra fasciner ou exaspérer le spectateur, selon la part de crédibilité qu'il accordera à de nombreuses situations invraisemblables - mais de toute évidence voulues ainsi par le cinéaste. Car plus on avance, plus on se perd dans ce mystère glacé. Il faudra être très attentif pour extraire le suc de cette oeuvre qui échappe à un regard distrait. Son personnage principal, très bien interprété par l'actrice Nina Hoss, possède la clé de cet univers codé, quelque part entre le rêve et la distorsion fantasmée. Porté par une mise en scène rigoureuse, insolite et fuyant, très trouble sous ses apparences lisses et chirurgicales, ce film hante l'esprit et nous laisse dérouté.
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