Les carnets du festivalier - Festival du nouveau cinéma 2007

Jour 8 - 18 octobre

 

La Zona, Rodrigo Plá, Mexique

 

Excellent thriller mexicain campé dans une enclave bourgeoise protégée de la ville de Mexico, où des citoyens privilégiés qui se croient au-dessus des lois décident de faire leur propre justice à la suite d'un crime perpétré par trois jeunes hommes des quartiers pauvres avoisinants. Ce récit haletant et palpitant, remarquablement bien orchestré et tout en tension, se veut une féroce dénonciation de l'aveuglement des classes aisées, de l'injustice sociale, de la corruption policière et de l'horreur de la folie vengeresse collective. Il est rare de voir un premier film aussi puissant et maîtrisé, tant du point de vue de l'expressivité de la mise en scène, de la rigoureuse construction du scénario et de la puissance du propos. Les acteurs sont également remarquables. Un début brillant et un nom à retenir.

 

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Control, Anton Corbijn, Royaume-Uni/États-Unis/Australie/Japon

 

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Les attentes étaient gigantesques pour ce film retraçant le destin tragique en forme d'étoile filante de Ian Curtis et Joy Division, et marquant le baptême cinématographique du photographe et réalisateur de vidéoclips Anton Corbijn. Et le résultat est au-delà de tout ce que l'on avait pu espérer. Magnifique reconstitution d'époque, Control aborde son sujet avec une justesse et une authenticité éloignées de toute complaisance. Le contexte culturel et l'esprit du groupe de Manchester sont évoqués avec une précision et une exactitude qui donnent des frissons. Biographie musicale exceptionnelle, forte de scènes de spectacles stupéfiantes - les acteurs ont eux-mêmes interprété les classiques du légendaire groupe, le temps de plusieurs moments d'une intensité magique - le film est aussi et avant tout un portrait émouvant et mélancolique d'une profonde humanité, retraçant la fureur de vivre d'un être d'exception, sensible, fragile et insaisissable. Tous les interprètes sont remarquables, mais Sam Riley nous scie en deux dans le rôle de Ian Curtis. Le jeune acteur ne fait pas qu'imiter à la perfection la célèbre icône alternative : il incarne son esprit jusqu'aux tréfonds de lui-même. Ce film d'une beauté tragique, chef-d'oeuvre visuel en noir et blanc, nous hantera longtemps. L'un des plus puissants coups de coeur du festival.

 

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Dainipponjin, Hitoshi Matsumoto, Japon

 

Improbable et sérieusement délirant croisement entre le "mockumentory" et les aventures fantastiques avec combats à la Godzilla et Ultraman. Faisant preuve d'un humour pince-sans-rire inébranlable, Hitoshi Matsumoto se met lui-même en scène dans le rôle d'un homme aux apparences ordinaires qui doit se transformer en géant musclé afin de combattre des créatures qui menacent le Japon. Malheureusement, ses cotes d'écoute sont à la baisse et il est devenu un souffre-douleur rejeté par la population. Une équipe documentaire le suit dans son quotidien et brosse un portrait - peu édifiant - de sa vie. Il faut sans doute être familier avec l'univers typifié que le cinéaste parodie avec beaucoup d'intelligence et de finesse pour apprécier pleinement ce pastiche documentaire savoureux et très original. Les séquences documentaires et les pastiches d'entrevues pourront apparaître trop longues ou banales aux yeux des amateurs de sensations fortes, mais elles constituent l'un des traits les plus inusités et inventifs de ce film inclassable. Les aficionados seront toutefois récompensés par quelques séquences de combat totalement bizarroïdes et par une finale aussi jouissive qu'hilarante. Il n'y a que les Japonais pour pousser l'absurde aussi loin. C'est pour ça qu'on les aime tant.

 

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Anna M., Michel Spinosa, France

 

Voilà une sérieuse claque que l'on n'attendait pas. Porté par une performance anthologique d'Isabelle Carré, ce drame psychologique prend la forme d'un thriller menaçant qui explore le phénomène de l'érotomanie. Un sujet difficile et peu connu, et un portrait violent et troublant d'une femme au déséquilibre psychologique avancé et qui se découvre une passion amoureuse incontrôlée et pathologique pour un médecin dont elle envahira la vie avec une insistance obsessive et maladive. Anna M est un uppercut psychologique d'une puissance dévastatrice qui tire le meilleur d'une éblouissante composition d'actrice. Isabelle Carré est stupéfiante dans un rôle physique, hystérique et extrêmement exigeant. Certaines situations et réactions pourront sembler hautement invraisemblables, mais le film de Michel Spinosa possède une indéniable force, et est admirablement mis en scène.

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Les Témoins, André Téchiné, France

Avec cette fresque ambitieuse construite en trois chapitres, André Téchiné évoque les années 80 en suivant les interactions d'une demi-douzaine de personnages, avec comme toile de fond l'arrivée du sida. Porté par un scénario de grande qualité, des dialogues percutants et un style nerveux et littéraire qui n'est pas sans évoquer François Truffaut, Téchiné signe sans doute ici l'une des meilleures oeuvres de sa filmographie. Les thèmes de l'homosexualité, de l'amitié, de la famille et de la mort sont évoqués avec une rigueur et une exigence qui se tiennent à distance de toute forme de sentimentalisme, en cela aidé par les acteurs, qui offrent des compositions passionnées et complexes. Une magnifique ode à la vie, lucide et rageuse face au spectre de la grande maladie.

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I'm a Cyborg, But That's OK, Park Chan-Wook, Corée du Sud

Après son ambitieuse trilogie de la vengeance, Park Chan-Wook s'offre une parenthèse ludique avec cette comédie déjantée et débridée qui met en scène deux personnages excentriques et fantasques internés dans un asile d'aliénés. Elle se prend pour un robot, porte un dentier et parle à des machines distributrices. Lui joue au lapin, porte un masque et tourne autour d'elle. Aux antipodes du style sombre et viscéral de ses oeuvres précédentes, cette romance colorée est construite autour d'une succession de saynètes loufoques et bordéliques qui permettent à son créateur de déployer toute son inventivité visuelle. Les trouvailles de mise en scène pullulent, les couleurs sont flamboyantes et la direction photo offre de superbes compositions. La folie baroque de la mise en scène, à l'esthétisme très travaillé, est toutefois soutenue par un scénario beaucoup trop mince et superficiel, qui table uniquement sur le registre du délire et de l'amusement. Le jeu des acteurs est volontairement outrancier et caricatural, et les situations deviennent répétitives dans une deuxième partie moins inspirée. Une oeuvre mineure et légère d'un cinéaste toujours aussi brillant sur le plan visuel. Coloré, divertissant, farfelu et inventif, mais un peu vide.

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