Les carnets du festivalier - Festival du nouveau cinéma 2007
Jour 7 - 17 octobre
I Am From Titov Veles, Teona Strugar Mitevska, Macédoine
Dans la ville de Titov Veles, rongée par les ravages de la pollution industrielle, trois soeurs s'ennuient et rêvent d'une vie meilleure : l'aînée est sur la méthadone et ne songe qu'à se marier, la plus jeune cherche désespérément à obtenir un visa et à s'enfuir tandis que la cadette, figure centrale du film, est une jeune femme fantasque qui n'adresse plus la parole à personne et qui se réfugie dans un monde de rêves. Amorcé de très belle façon, avec une jolie direction photo et quelques séquences oniriques fort inspirées, le film s'essouffle rapidement, principalement en raison d'un scénario confus qui s'égare en de multiples directions qui se révèlent des impasses, en plus de souffrir d'un ton poétique mal maîtrisé. Les personnages des trois soeurs sont mal développés et guère attachants, pour ne pas dire antipathiques, en particulier le personnage principal au nom ronflant d'Afrodite, dont le mutisme et les tics affectés ne mènent nulle part, tout comme sa narration poussive en voix off, dont on se serait bien passé. Une autre preuve confirmant que quelques bonnes idées et quelques belles images ne font pas un bon film.
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The Man From London, Bela Tarr, Hongrie/Allemagne/France
Sept ans d'attente pour ce nouveau film du maître hongrois Bela Tarr, son premier depuis le choc cosmique du magistral Les Harmonies de Werckmeister. Adapté d'un récit de Georges Simenon, The Man From London est un exercice de style somptueux en noir et blanc, un thriller sous hypnose et un hommage sépulcral au film noir. D'une lenteur lyrique démesurée, l'expérience est une véritable épreuve de patience et d'attention pour le spectateur, qui est récompensé par le déploiement d'une mise en scène d'une perfection éblouissante. Chaque séquence, qu'elle soit composée de plans fixes ou de majestueux travellings, est étirée à son maximum, et témoigne d'une stupéfiante perfection formelle appuyée par une musique lancinante et obsédante qui épouse parfaitement les images. On regrettera toutefois que la matière narrative et l'intensité émotive n'atteignent pas de tels sommets. Bien que profondément humaine, cette histoire criminelle limite le registre du cinéaste. On cherchera en vain les moments d'extase, la profondeur et le sublime de ses chefs-d'oeuvre antérieurs. Cette oeuvre témoigne tout de même d'un formidable achèvement esthétique, et ne peut en aucun cas être considérée comme un film mineur, sinon en regard des autres films de son auteur.
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Déficit, Gael Garcia Bernal, Mexique
Premier passage derrière la caméra pour la jeune coqueluche du cinéma mexicain, qui s'en tire plutôt bien. Bernal tient lui-même l'affiche dans le rôle titre peu reluisant d'un enfant gâté caractériel et prétentieux, fils de riche qui organise une fête dans sa luxueuse demeure, en l'absence de ses parents. On devine que le père trempe dans des affaires suspectes, et que le fils est tiraillé entre la pression familiale et sa propension à faire le pitre et le coq devant ses amis tout en traitant ses employés de manière condescendante et en draguant sans vergogne, même s'il a une petite amie. L'insouciance et l'aspect frondeur du jeune homme, de sa soeur et de leur entourage défoncé et superficiel dissimulent bien mal leurs failles, leur fragilité et leurs contradictions, que Bernal dévoile au fil du déroulement chaotique de la journée. Déficit affiche ainsi clairement, parfois de manière un peu trop appuyée, sa volonté d'effectuer une critique sociale qui aborde les inégalités sociales, l'exploitation des riches, le racisme ainsi que le mépris et la médiocrité bourgeoises, avec en arrière-fond des allusions à la corruption et aux magouilles qui minent l'équilibre social du pays. De biens graves sujets dissimulés sous l'enveloppe d'une fiesta endiablée, filmée de manière nerveuse et réaliste. La démonstration ne fait pas dans la dentelle, mais elle est convaincante.
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Import/Export, Ulrich Seidl, Autriche
Théâtre du grotesque et de la misère humaine dans ce qu'elle a de plus affligeant, le cinéma de Ulrich Seidl est fait d'une égale dose de provocation choquante, d'humanisme voyeuriste et d'acuité documentaire. C'est avec un immense bonheur que l'on retrouve cet univers toujours aussi singulier et impitoyable, avec ce récit parallèle de deux protagonistes effectuant un parcours géographique opposé. D'un côté, une infirmière ukrainienne qui quitte son pays en direction de l'Autriche, dans l'espoir d'y trouver une vie meilleure; et de l'autre, un autrichien criblé de dettes et incapable de conserver un emploi qui file vers l'Est en compagnie de son beau-père pathétique. Fidèle à son approche si caractéristique, intacte et plus cinglante que jamais, Seidl filme avec un grand souci de naturalisme et de composition formelle toute une galerie de personnages paumés - dont la plupart sont joués par des non-professionnels - avec un mélange déroutant de sensationnalisme pervers, d'empathie et de détachement quasi chirurgical. Plusieurs scènes suscitent un rire incontrôlée et presque coupable chez le spectateur, devenu le témoin de la détresse, de l'indigence et du malheur de personnages captés dans leur intimité et leurs moments de faiblesse, parfois très désagréables. Le malaise et l'attendrissement atteignent de nombreux sommets, en particulier dans les séquences filmées dans un hôpital pour personnes âgées, que certains spectateurs pourront trouver complaisantes, mais qui nous apparaissent d'une vérité époustouflante face à la maladie, la vieillesse et la mort. Seidl poursuit également l'exploration de ses thématiques de prédilection, notamment la sexualité, la spiritualité et la solitude. Un autre grand film de cet anatomiste qui n'a rien d'un satiriste, malgré l'humour ravageur qui hante ses compositions désespérées mais grandioses.
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Sperm, Taweewat Wantha, Thaïlande
Depuis quelques années, les Thaïlandais ne cessent de nous démontrer qu'ils possèdent un sens très prononcé pour la niaiserie sur l'acide. En voici une nouvelle preuve irréfutable. Avec une subtilité repérable à même son titre, ce film inqualifiable raconte les mésaventures d'un guitariste rock qui fait une fixation sur le sexe et sur une actrice en particulier. Par le hasard débile et fantastique des circonstances, ses spermatozoïdes se répandent dans la ville et des centaines de femmes enfantent des nouveaux-nés lubriques qui portent son visage et qui se révèlent tout aussi obsédés pour la chose que leur géniteur. Que faire face à cette invasion lubrique? Avec une telle prémisse à rendre jaloux les créateurs d'American Pie, il est clair que ce cinéaste thaï a choisi la voie d'une comédie hors norme pour effectuer une satire décapante de l'obsession sexuelle masculine. Les idées excentriques et les flashs comiques cabotins fusent de toutes parts dans cette production clinquante et réjouissante. Le n'importe quoi surréaliste côtoie allègrement les pitreries juvéniles, dans un joyeux désordre qui cherche autant à faire rire qu'à cultiver une certaine bizarrerie sexuelle. Force est d'avouer que cet objet cinématographique est assez singulier, en particulier dans sa première partie, plutôt drôle et originale. Mais comme c'est souvent le cas avec ce type de production, le délire s'éteint et s'essouffle un peu en cours de route, et le potentiel subversif du concept laisse place à une succession de scènes ridicules qui sombrent dans la romance humoristique de pacotille et les gags de collégien. Bref, un beau film délicat et méditatif de fin de soirée.
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