Les carnets du festivalier - Festival du nouveau cinéma 2007

Jour 3 - 13 octobre

 

Ice Cream, Jean Leclerc, Canada

 

Nouvelle réincarnation de celui que l'on nommait autrefois Jean Leloup, cette fois-ci en cinéaste, sous le nom de Jean "Deadwolf" Leclerc. Son premier long métrage entièrement autofinancé et créé avec une très petite équipe de collaborateurs est campé à Hanoi, au Vietnam. Un film que Leclerc a voulu totalement libre et expérimental, ce que l'on ne peut que saluer. Mais son exercice s'avère brouillon, confus, très amateur et impossible à suivre. Certes, on reconnaît en plusieurs endroits son univers déjanté composé d'humour absurde, de tragédie grandiloquente et de personnages pathétiques à la folie consommée, mais la transposition au cinéma est quelque peu difficile, voire ratée. Le film repose sur un nombre trop limité d'idées farfelues et de flashs visuels, parfois drôles et inventifs, mais qui ont tôt fait de tourner complètement à vide tant ils ne reposent sur aucun véritable projet de cinéma. On pardonnera l'aspect maladroit du montage visuel et sonore de l'ensemble - on nous a dit qu'il s'agit d'une copie "in progress" - mais ceci ne justifie pas pour autant le cabotinage juvénile de l'ensemble des acteurs, la médiocrité des dialogues et l'inextricable fouillis du résultat, qui avait pourtant beaucoup de potentiel. On pourra tout de même rescaper quelques trouvailles et de belles images du Vietnam, surtout dans sa première partie, mais le passage de Leclerc au cinéma est loin d'être convaincant. On rêve tout de même de ce qu'il pourrait accomplir avec une meilleure maîtrise du médium et un peu plus de sérieux et de professionnalisme. 

 

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Sügisball (Autumn Ball), Veiko Ounpuu, Estonie

 

Véritable découverte et coup de masse assourdissant avec ce premier long métrage estonien qui carbure au désespoir le plus absolu. Composé d'une galerie de six personnages rongés par la solitude et ravagés par des affres émotives qui rendent leur existence quasiment insupportable, Autumn Ball esquisse un portrait sombre et implacable des lendemains du communisme en Estonie. L'univers du jeune et extrêmement prometteur cinéaste Veiko Ounpuu se veut l'héritier direct de son mentor autrichien Ulrich Seidl, tout en dévoilant un talent très personnel. La mise en scène, très formelle et maîtrisée, capte une poésie tragique émanant de l'aspect sordide de la vie tourmentée de ses personnages et de la grisaille assommante des paysages industriels décomposés qu'ils habitent. Un humour dévastateur et terriblement noir surgit par moments, et permet de composer avec la suffocation psychologique de ces humains en déroute et avec les situations sinistres qu'ils provoquent ou qu'ils subissent. Le portrait de la masculinité estonienne est particulièrement cinglant et pathétique. Remarquable direction photo, excellent travail des acteurs et utilisation évocatrice des musiques de Godspeed You Black Emperor et Bohren & Der Club of Gore, tout cela menant vers une splendide et troublante expérience de cinéma. Un nom à retenir et un film qui reste en mémoire.

 

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Présentation spéciale : Animation, programme de 7 courts métrages

 

Un titre à retenir et qui se démarque nettement parmi cette série de courts métrages d'animation oscillant entre le formalisme hermétique et l'humour badin : Franz Kafka's A Country Doctor, du cinéaste japonais Koji Yamamura. Ce film de 21 minutes vient tout juste de remporter le prix du meilleur court métrage indépendant d'animation du Ottawa International Animation Festival. Une remarquable adaptation animée de la célèbre nouvelle allégorique de Franz Kafka. Les amateurs d'animation fantasmagorique et poétique ne voudront pas manquer cette perle visuelle qui prend des allures de conte et qui n'a absolument rien en commun avec l'animation japonaise que l'on connaît. Le trait est formidablement expressif et est un régal pour l'oeil le plus averti. Une transposition très originale et d'un achèvement visuel indéniable.

 

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La Fille coupée en deux, Claude Chabrol, France

 

On ne refera pas Claude Chabrol, qui jette à nouveau son oeil machiavélique de vieux renard coquin et rusé sur la bourgeoisie française, avec des résultats tout aussi prévisibles que savoureux. Sa cible, cette fois-ci, est triple : le milieu littéraire et intellectuel français, le monde de la télévision et les grandes familles richissimes. Trois univers dont il s'amuse à disséquer le ridicule et la prétention affectée, les névroses, les contradictions et les bassesses, avec un bonheur inégal. Un triangle amoureux et hautement improbable, formé d'une miss météo attrayante (Ludivine Sagnier) qui sème un désir galopant et conflictuel chez un dandy instable vivant aux crochets de la fortune de sa famille (Benoît Magimel) et chez un écrivain de renom féru de vice et de mots d'esprit (François Berléand), lui permet de dessiner la géométrie à forte teneur satirique de son portrait grinçant et amusé. Rien de nouveau sous le ciel de Chabrol, qui égratigne encore une fois le vernis de l'hypocrisie des aristocrates, des parvenus et des prétentieux, pour notre plus grand plaisir. La mise en scène est classique, voire vieillotte et anachronique, et si la verve du grand cinéaste se révèle assez inspirée par moments - en particulier les quelques flèches empoisonnées qu'il assène au monde de la télé - en revanche on regrettera qu'il s'aventure de nouveau dans le registre fort convenu des amours passionnels, qui lui va beaucoup moins bien. Comme c'était le cas dans La Demoiselle d'honneur, on a énormément de difficulté à croire à l'obsession incontrôlée des personnages interprétés par Berléand et Magimel, tous deux excellents, devant cette jeune fille somme toute quelconque et dénuée de mystère, campée par une Ludivine Sagnier qui n'impressionne guère dans un rôle insuffisamment développé. Là sont les limites, de plus en plus évidentes au fil du développement de sa dissection, de ce Chabrol de cuvée moyenne, qui plaira surtout aux inconditionnels du cinéaste, toujours aussi complice envers le spectateur.

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