Les carnets du festivalier - Festival du nouveau cinéma 2007

Jour 2 - 12 octobre

Incha Allah, Ben Vandoorne, Belgique

Parti seul avec sa caméra et un dromadaire, Ben Vandoorne a traversé le désert menant à la mer Rouge, en solitaire. Un périple éprouvant qui s'est étalé sur près d'un an, où il a parcouru 5 000 kilomètres, dans des conditions qui relèvent de l'épreuve physique et psychologique totale. Incha Allah raconte son odyssée de manière très personnelle, en retraçant les événements marquants de son voyage, à partir des images qu'il a filmées sur son chemin. Une narration d'accompagnement sobre et efficace, effectuée rétrospectivement par Vandoorne, ainsi qu'une très belle musique d'Alexis Arakis viennent appuyer cette matière brute fascinante et émouvante. Ce film courageux, qui prend à la fois la forme d'un documentaire poétique et d'un récit de voyage viscéral, est une remarquable plongée dans l'intimité d'un homme qui teste ses limites et qui plonge dans l'inconnu. Vandoorne dévoile à la fois les belles rencontres qu'il a effectuées, les moments de solitude et de doute qu'il a traversés ainsi que les difficultés, parfois absolument terribles, qu'il a vécues. Son film est un témoignage magnifique que l'on voudra placer entre les mains de toutes les personnes qui sont passionnées de voyages et d'aventures. Soulignons également que ce film a été effectué sans la moindre aide financière. Le résultat n'est en que plus impressionnant et devrait servir d'exemple. Voilà le parfait film de festival, une découverte et un moment privilégié. Souhaitons que ce film fasse du chemin, il le mérite grandement.

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Foreigner (Extranjera), Inés de Oliveira Cézar, Argentine

On passera très rapidement sur cette soi-disant libre adaptation d'Iphigénie à Aulis, une tragédie grecque d'Euripide qui sert de bien vague prétexte à ce film lourd et prétentieux qui abuse de la patience du spectateur. La beauté de la direction photo, des paysages et des cadrages ne suffit pas à réchapper l'indigence d'un scénario famélique et l'exaspération que provoquent des scènes interminables, plus soporifiques que le plus puissant des somnifères. Le cinéma argentin regorge de talents et d'oeuvres singulières, mais on sera bien avisé de fuir celle-ci.

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Bakushi, Ryuichi Hiroki, Japon

 

Dans la catégorie "pour adultes avertis" et "n'essayez pas ceci à la maison", ce documentaire portant sur trois des maîtres japonais de l'art du bondage constitue une curiosité malsaine qui vaut le détour. Le film est en fait essentiellement constitué de véritables mises en scène de tortures sado-masochistes effectuées avec des cordes, où les trois experts ligotent des jeunes femmes consentantes dans des positions acrobatiques, périlleuses, humiliantes et douloureuses. La caméra de Ryuichi Hiroki capte ces performances érotiques extrêmes crûment, de manière frontale, en n'épargnant aucun détail au spectateur. La sophistication et la complexité des noeuds et des positions est proportionnelle au degré de souffrance et de soumission des modèles, dont certaines effectuent cette pratique avec le même maître depuis de nombreuses années. Bakushi expose cet art tabou et controversé en pleine lumière. Pour le spectateur, cette expérience troublante et très physique n'est pas sans créer un certain malaise. On comprendra que ce film va assez loin dans sa démonstration et qu'il n'est pas fait pour tous les publics. On regrettera toutefois que les entrevues qui entrecoupent les démonstrations, effectuées tant avec les maîtres qu'avec les esclaves, soient quelques peu superficielles et insuffisamment révélatrices des véritables enjeux qui motivent ces jeux de rôle reproduisant à leur paroxysme les dynamiques de bourreau et de victime. Manifestement, comme les principaux intéressés l'affirment eux-mêmes, l'expérience dépasse l'entendement et est difficile à transcrire en mots. Ce document hautement sulfureux et pervers en atteste sans ambages.

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Compétition 2, programme de 6 courts métrages

 

Ce programme de courts métrages fort substantiels nous a enfin permis de visionner un court métrage d'animation qui a beaucoup fait parler de lui et que l'on attendait avec une très grande impatience : Madame Tutli-Putli, de Chris Lavis et Maciek Szczerbowski. Je me contenterai de vous dire ceci : précipitez-vous pour voir ce film! C'est un véritable petit chef-d'oeuvre de fantaisie macabre et de poésie absurde. Une oeuvre très originale, que tout amateur de "stop motion" se doit de voir absolument. La qualité de l'animation est totalement époustouflante et le duo de créateurs fait preuve d'une imagination incroyable. Cette production de l'ONF mérite les plus grands égards. Consultez le site officiel du film pour en savoir plus et pour voir la bande annonce.

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I'm Not There, Todd Haynes, États-Unis

 

Encore une fois, la journée se termine en apothéose totale, avec la projection de I'm Not There, biographie éclatée et atypique de la vie de Bob Dylan, réalisée par le brillant cinéaste américain Todd Haynes. Ce dernier n'a pas pu être présent comme l'avait laissé entendre la rumeur, mais il s'est tout de même adressé au public du Festival du nouveau cinéma, par le truchement d'une vidéo personnalisée qui a été projetée juste avant le film. Il y avait beaucoup d'animation dans l'air et pour cause : le film a été tourné à Montréal et en Estrie l'an dernier, et les artisans québécois du film, fort nombreux, étaient présents dans la salle. Pour ce qui est du film, que dire après une telle expérience... d'abord qu'il s'agit sans conteste de l'un des films les plus ambitieux et les plus réussis du cinéaste. Biographie détournée et kaléidoscopique, certes, film musical également, quoique très différent de Velvet Goldmine, mais aussi un film social, avec un immense arrière-plan historique, politique et culturel. Un film virtuose et étourdissant, tout aussi insaisissable et multiforme que le mythe vivant qu'il met en scène, ce Bob Dylan prenant l'identité de six personnages incarnés par six acteurs différents, d'Arthur Rimbaud à Woody Guthrie adolescent, en passant par Billy the Kid. Expérimentale et fragmentée, la mise en scène est un tour de force ahurissant qui collisionne les époques, pastiche les styles, multiplie les clins d'oeil et dissèque son sujet avec une intelligence et une vivacité d'esprit proprement stupéfiantes. Une connaissance élémentaire de la vie et de l'oeuvre de Bob Dylan permettra d'apprécier davantage cette oeuvre extrêmement sophistiquée et exigeante, mais aussi fort ludique, drôle, libre et inventive, mais elle n'est pas absolument requise, tant le film de Todd Haynes offre de nombreuses pistes de lecture, tant sur Dylan que sur les États-Unis et le vedettariat. Soulignons également une trame sonore de premier ordre, faite des chansons de Dylan bien sûr, mais aussi de pièces de Calexico, Sonic Youth, Yo La Tengo, Anthony & The Johnsons et plusieurs autres, ainsi que des interprétations particulièrement inspirées de Christian Bale et de Cate Blanchett. Cette dernière vole littéralement la vedette avec son Dylan frondeur et androgyne. Film majeur dont on reparlera plus longuement lors de sa sortie, prévue en novembre.

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