Les carnets du festivalier - Festival du nouveau cinéma 2007
Jour 10 - 20 octobre
La France, Serge Bozon, France
Un titre extrêmement prétentieux pour le lauréat du prix Jean-Vigo 2007. Cette improbable évocation de la Première Guerre mondiale nous fait suivre le chemin d'une jeune femme (Sylvie Testud) qui se déguise en homme et qui se joint à un régiment parcourant la campagne française afin de retrouver son mari parti au front. Souhaitant manifestement apporter un peu de fraîcheur et d'originalité au genre très codifié du film de guerre, le critique de cinéma et réalisateur Serge Bozon a privilégié une approche à la fois lyrique et âpre, où une reconstitution minimaliste et sèche mais très littéraire de la vie de soldat est ponctuée de numéros musicaux inattendus. Le résultat est une sorte d'élégie pacifiste saluant la dignité humaine. Très efficace sur le plan de la mise en scène, forte de nombreux plans superbes, le film est malheureusement plombé par son style affecté et très agaçant. La coquetterie du prétexte scénaristique manque de crédibilité : on ne croit pas une seule seconde que ces gens sont des soldats, et encore moins au subterfuge de cette femme déguisée. Le jeu des acteurs, distancié et inexpressif, est un autre irritant majeur - on n'aura jamais vu un Pascal Greggory aussi terne et éteint. Les passages chantés sont d'un ridicule consommé - on a droit à une version désagréable et ronflante des Beach Boys s'en vont en guerre, sur fond de bric-à-brac folklorique mâtiné de pop british mal assimilée. Certes, l'approche est plus poétique que réaliste, mais elle ne justifie pas de telles boursouflures. Maniéré et maladroit.
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Eye in the Sky, Yau Nai-Hoi, Hong Kong
Premier passage derrière la caméra pour ce protégé de Johnnie To, qui produit ce drame policier tendu et nerveux, dans la plus pure tradition de Milkyway. Scénariste de plusieurs des meilleurs films de To - notamment le dyptique Election et The Mission - Yau Nai-Hoi se révèle également un metteur en scène talentueux, quoique collé aux souliers de son maître. Carburant à l'adrénaline, tirant le maximum d'un montage frénétique et inspiré, Eye in the Sky suit une équipe de policiers spécialisés dans les filatures et la surveillance secrète. Ces taupes se dissimulant sur le terrain et agissant incognito sont chargées de retrouver une bande de voleurs de bijouteries. Une mission difficile où le responsable (Simon Yam, excellent) doit apprendre les rudiments du métier à une jeune recrue (Kate Tsui, au charisme totalement inexistant). L'intérêt de ce film d'action très prévisible et convenu réside dans la description virtuose des méthodes de filature et de traque de l'équipe de détectives, ainsi que dans son sens du rythme et du suspense, très bien menés. Le cadre de la ville de Hong Kong est exploité à merveille et sied parfaitement aux nombreuses péripéties qui marquent le récit. On passe donc un très bon moment avec ce divertissement haletant, malgré une dernière partie un peu ratée qui casse le dynamisme et la rigueur de l'ensemble du film. Ce n'est pas une raison pour bouder son plaisir.
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My Winnipeg, Guy Maddin, Canada
Qui d'autre que l'inimitable Guy Maddin pour nous intéresser à un film portant sur la ville de... Winnipeg? L'un des plus ingénieux et inspirés cinéastes canadiens nous convie à un voyage au coeur de sa ville natale, à la fois follement aimée et terriblement détestée. Il en résulte une oeuvre totalement unique et indescriptible, qui prend la forme de l'autobiographie, du documentaire et de la fantaisie insolite et surréaliste. Certes, on reconnaît dans chaque plan la signature du réalisateur de Brand Upon The Brain!, qui signe ici son film le plus personnel, intimiste et jubilatoire : hommage au cinéma muet et à l'expressionnisme, noir et blanc, traitement déformé de l'image et montage effréné sont au rendez-vous. Mais l'approche et le ton sont férocement originaux. Narré par Maddin lui-même, au moyen d'un monologue jubilatoire et poétique, le récit est une évocation des particularités de la ville, parfois solidement documentées et appuyées par des images d'archives, et à d'autres moments complètement délirantes et farfelues. On apprend ainsi que Winnipeg est la ville comptant le plus grand nombre de somnambules au monde, et que la ville a été le théâtre de nombreux événements marquants et insolites, notamment de séances de spiritisme païennes et de l'incendie d'un hippodrome ayant laissé les chevaux en fuite prisonniers dans la glace, images insolites accompagnant des envolées prenantes sur la disparition du magasin Eaton, sur les paysages enneigés, sur le hockey - le temps de quelques séquences anthologiques - et sur la famille du cinéaste. Les thèmes chers à Maddin s'incarnent ici de manière beaucoup plus explicite, au moyen d'un hommage ému et transporté à sa mère et à l'ensemble de sa famille, qu'il recrée avec des mises en abyme tour à tour loufoques, cinglantes et attendries. On comprendra qu'on a affaire ici à tout sauf à un documentaire conventionnel. D'une richesse infinie, My Winnipeg est un accomplissement qui laisse le souffle coupé, une oeuvre unique qui est très certainement l'un des sommets de ce grand artiste. On y reviendra, c'est certain.
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Itchkéri Kenti, Florent Marcie, France
Un autre documentaire essentiel sur notre époque. Au milieu des années 90, Florent Marcie a parcouru la Tchétchénie, seul avec une caméra, un appareil photo et un canevas sur lequel il demandait aux gens qu'il rencontrait de dessiner. Témoin privilégié d'un moment tragique de l'histoire de ce peuple maintes fois éprouvé par l'invasion et par l'agression de nations impérialistes - les Tchétchènes se défendent alors une fois de plus contre l'occupation et la terreur imposée par la Russie - Marcie a capturé son périple en images et en sons, filmant et photographiant tant la population que la résistance armée. Dix ans plus tard, il a monté, à partir de la matière brute qu'il a recueillie, un documentaire-fleuve absolument magnifique et tragique. Parfois au péril de sa vie, accueilli avec chaleur et respect parmi ces gens à la vie ravagée par la guerre, par la faim et par des conditions de vie d'une précarité absolue, il a pu ainsi témoigner de l'épouvantable injustice du sort réservé au peuple tchétchène, victime de barbarie, démuni et luttant malgré tout pour sa survie, avec un acharnement et une ténacité qui forcent le respect. Formidable d'authenticité, très émouvant, Itchkéri Kenti est un hommage vibrant à la dignité de ce peuple. Avec l'aide d'une narration juste et bien documentée et d'un montage rigoureux, ce documentaire miraculeusement mené jusqu'à nos yeux est une leçon de cinéma engagé et sensible, d'une portée universelle.
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