Final Fantasy : The Spirits Within

Hironobu Sakaguchi

Japon - États-Unis

2000

Un film qui redéfinit le cinéma d'animation, Final Fantasy? Qui annonce un certain futur du cinéma? À voir aller ce succédané hi-tech, il faut certes espérer que non. On se doutait bien que ce qui entrera dans les annales comme le premier long métrage conçu en photo-réalisme 3D ne transcenderait guère les limites et les velléités commerciales de l'adaptation d'un jeu vidéo en film, entreprise qui constitue la nouvelle mouche à profit de Hollywood avec la vampirisation et la récupération du cinéma asiatique et dans laquelle s'insère indéniablement et doublement, sous le couvert trompeur de l'avancée technologique et de la fine pointe du cinéma d'animation, cette production nipponne mais fortement américanisée signée Hironobu Sakaguchi. Et une fois de plus, comme on s'y attendait, on nous assène une belle coquille vide, superbe à contempler mais dénuée du moindre atome d'imagination et d'inventivité, qui plus est déparée par une mièvrerie sentimentale insistante et malvenue. Sous le bel enrobage sophistiqué de cette méga-production ambitieuse, il n'y a que du vide... intersidéral, avec en prime de fausses et confuses prétentions vaguement écolo-spirituelles. Au total, un formidable et fascinant travail technique, qui rehausse les standards et les normes de l'industrie en matière de déploiement visuel animé, au service d'un récit dénué d'intérêt et qui emprunte son squelettique sujet et scénario à moult productions dont il ne possède ni le souffle ni la pertinence.

On l'accordera : Final Fantasy, parce que visiblement habité de la passion et du travail acharné de ses animateurs chevronnés et talentueux, vaut sans doute beaucoup mieux que Tomb Raider et autres Street Fighter (le contraire eut été consternant, devant de tels exemples de médiocrité). Et le film de Hironobu Sakaguchi, concepteur du jeu qui se porte garant de l'authenticité de l'adaptation en la signant lui-même, a de quoi rehausser ce qui est en train de devenir un nouveau genre (ou sous-genre), le film-jeu vidéo, genre qui attend encore d'en être un digne de ce nom, s'il parvient à l'être un jour. D'une certaine manière, il dérive autant du jeu vidéo - il en garde plusieurs aspects et textures - que de l'animé japonais, sans atteindre la force et la qualité d'expression des meilleures oeuvres de l'animation japonaise, devant lesquelles, au niveau de l'histoire, des personnages et des thèmes abordés, il fait bien piètre figure : on est très très loin de Ghost in the Shell ou de Akira. En nous plongeant dans une histoire d'anticipation située dans un futur rapproché, sur une Terre envahie par des entités extraterrestres belliqueuses qui ont l'allure de fantômes et qui sont aptes à dévorer "l'esprit" des humains, Final Fantasy reconduit le thème archi éculé du "il faut sauver la Terre" propre à combien de productions d'anticipation qui l'ont précédé. Ce réflexe scénaristique facile, additionné d'un pseudo-jargon scientifique sensé apporter une crédibilité au film, n'est guère rehaussé par les prétentions soi-disant spirituelles dont Hironobu Sakaguchi assaisonne avec insistance son film. Car il y a une morale derrière ce film, morale pacifiste et écologiste louable mais lourde et mal exploitée, tant elle entre constamment en conflit avec les lieux communs autour desquels le film se construit : une banale, insignifiante et superficielle histoire d'amour entre les deux personnages principaux, un manichéisme outrancier (le bon scientifique, le méchant militaire, l'empathique docteure). Il en résulte que le scénario, hésitant sans cesse entre les scènes d'action qu'attendent les mordus du jeu vidéo, les bons sentiments obligés de l'industrie du divertissement et les prétentions morales du réalisateur, ne parvient jamais à nous captiver ni à nous convaincre.

On laissera donc aux mordus et accros du jeu l'analyse comparative maniaque avec les multiples versions de ce célèbre jeu vidéo (neuf en tout) et le film lui-même. Que le film conserve ou non l'esprit du jeu vidéo n'a guère de sens si l'aventure - cinématographique - se révèle aussi peu concluante : de toute évidence, c'est le cas ici. Même impressionnés par tant de savoir-faire en matière d'animation, les cinéphiles ne seront pas dupes des nombreux - qui plus est mal digérés et banalisés - emprunts à une floppée de classiques, à commencer par Escape from New York de John Carpenter, dont toute une partie du récit de Final Fantasy emprunte le thème et même le visuel post-apocalyptique newyorkais, surtout en ouverture. De même, les nombreuses références et allusions écologiques et spirituelles (à Gaia, nom donné à la Terre, dans une espèce de charabia nouvelâgeux dénué de tout intérêt) ne sont pas sans emprunter ouvertement à l'esprit et à l'oeuvre de Hayao Miyazaki et à Princess Mononoke, devant lequel Final Fantasy a l'air d'une imitation de pacotille en plastique brillant. Quant au look militaro-biceps des personnages principaux qui semblent tous dotés d'une noisette à la place d'un cerveau - les dialogues sont affligeants, la psychologie des personnages une coche en dessous du rudimentaire primaire - ses emprunts flagrants au Aliens de Cameron n'aident en rien un film qui semble avoir pris presque tous ses éléments et motifs ailleurs, même dans Starship Troopers et autres Titan A.E., auxquels Final Fantasy emprunte sans sourciller. Le décalage entre l'avancée technique des images et l'académisme convenu et usé du récit n'est vraiment pas à l'avantage du film.

 

 

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