Festen (Dogma 1 / Fête de famille / Celebration)
Thomas Vinterberg
Danemark / Suède
1998, 105 minutes
Festen est le film qui a révélé l'esthétique Dogma au monde entier, et le premier à avoir reçu le sceau d'authenticité de son groupe de fondateurs, dont faisait partie son auteur, Thomas Vinterberg (dont le nom n'est pas mentionné au générique, tel que l'exigent les préceptes Dogma). Ce croisement surprenant entre le cinéma de Lars von Trier et Ingmar Bergman est beaucoup plus qu'une curiosité esthétique et un brûlot provocateur. Ses airs revendicateurs et son radicalisme dissimulent un véritable film d'auteur qui dérange et qui frappe très fort. Le sujet du film - l'inceste - est abordé sans ménagement. Il devient le révélateur des contradictions, de mensonges et de l'incroyable hypocrisie d'une famille prestigieuse qui cache sous son beau vernis distingué une horreur sans nom. Une fête de famille sera l'occasion pour l'un des fils (interprété par Ulrich Thomsen, extraordinaire) de régler ses comptes et de crever l'abcès d'un terrible secret. Le traitement, qui applique à la lettre le voeu de chasteté exigé par Dogma, n'est pas tendre envers le spectateur : caméra nerveuse et sautillante, souvent frénétique et épuisante, un style volontairement amateur, un montage rapide, un éclairage le plus souvent déficient (aucun éclairage artificiel), une image granuleuse et souvent floue (résultat du transfert de l'image vidéo au format 35mm), un cadrage instable sinon incohérent. Le résultat? Une atmosphère unique et inimitable, un sentiment d'urgence et une énergie incroyables. Tout cela ajouté à une interprétation foudroyante, un climat anarchique plein d'authenticité et en prime, une charge impitoyable contre la figure paternelle. Festen donne raison aux artisans de Dogma : de la contrainte naît la créativité et l'authenticité.