Fantasia 2008

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Carnets Fantasia 2008 - Jour 14 : mercredi 16 juillet

Les projections de films sud-coréens se suivent et ne se ressemblent pas. Après avoir fait une belle découverte lundi soir avec l'excellent No Mercy for the Rude, voilà qu'on sombre dans les bas-fonds du plus mauvais sirop mélodramatique qui soit avec May 18. Quel ratage épouvantable que ce film larmoyant et bâclé qui cherche à commémorer les événements tragiques qui sont survenus dans la région de Gwangju en 1980. L'armée avait alors ouvert le feu sur des étudiants manifestant pour la démocratie, puis sur des innocents qui avaient ensuite décidé spontanément de se prendre les armes et de se défendre, avec des résultats catastrophiques. On a toujours admiré le courage des cinéastes sud-coréens, qui n'hésitent pas à mettre en images plusieurs événements controversés et hautement politiques de leur histoire, même récente. Cette détermination à affronter les démons du passé nous a donné plusieurs excellents films - pensons notamment à Peppermint Candy, The President's Last Bang et Silmido, devant lesquels cette reconstitution poussive et pimentée d'inexcusables fautes de goût fait bien piètre figure. Comment expliquer la présence de nombreuses séquences d'un humour gras et carrément insupportable qui entrecoupent d'horribles scènes de massacre? Ce cabotinage éhonté n'a tout simplement pas sa place dans un tel contexte. Pourquoi insister sur une romance inconsistante et mal développée entre deux assiégés, au lieu de s'interroger sur les événements qui sont dépeints? Il est clair que le cinéaste a choisi la voie de la facilité et du sensationnalisme grossier avec ce divertissement populaire de pacotille qui cherche maladroitement à émouvoir son public à tout prix. On se demande bien ce que Ahn Sung-kee, acteur emblématique du cinéma sud-coréen, est allé faire dans cette galère d'une mièvrerie consternante. Sujet en or et complètement gâché.

Passons avec soulagement de la Corée du Sud au Vietnam avec The Rebel, une production ambitieuse située dans les années vingt, en pleine occupation française. De mémoire, je crois qu'il s'agit du deuxième film vietnamien à être projeté à Fantasia, et d'évidence, ses artisans cherchent à frapper un grand coup avec ce film d'arts martiaux bourré de scènes d'action trépidantes qui tentent de rivaliser avec les productions similaires en provenance de Hong Kong et de Thaïlande. Et on peut dire qu'ils y sont parvenus en grande partie avec la production la plus coûteuse de l'histoire de son pays. Ce premier film de Charlie Nguyen possède plusieurs qualités : une impressionnante reconstitution historique, une belle direction photo, beaucoup de style et des combats nombreux et spectaculaires qui plairont assurément aux amateurs de films d'action asiatiques. Aussi, on pardonnera les quelques invraisemblances qui ponctuent l'expérience, comme certaines situations un peu tirées par les cheveux ou encore le curieux accent de certains colons français, peu crédible. Ce sont des défauts mineurs, car l'ensemble se distingue par son énergie et par son sens du rythme. La mise en scène est soignée, et manifestement, beaucoup d'efforts ont été déployés afin de donner du panache à cette histoire qui trouve ses fondements dans les efforts d'émancipation de la population vietnamienne afin de se libérer du joug français. Cette dimension permet à The Rebel de se hisser au-dessus des films d'arts martiaux habituels, et son cadre exotique lui sied à merveille. On ne peut que saluer ce premier effort impressionnant, et souhaiter qu'il pave la voie à d'autres films en provenance du Vietnam.

La soirée se conclut avec un thriller surnaturel qui cherche à sortir des sentiers battus par les films d'horreur américains pour adolescents. From Within (à ne pas confondre avec From Inside, magnifique film d'animation poétique, également présenté cette année) est réalisé par Phedon Papamichael, un directeur photo réputé qui effectue un bon travail d'artisan, sans plus, avec ce récit d'épouvante qui s'amorce avec une série de suicides inexplicables qui terrorisent la population d'une petite ville du sud des États-Unis. Mais s'agit-il vraiment de suicides? Une étudiante tente de percer le mystère, tandis qu'une partie de la population sombre dans une paranoïa alimentée par un jeune fanatique religieux. Sans être bien original, et encore moins effrayant, ce récit mise tout de même sur une réalisation sobre et appliquée qui ménage bien ses effets. Le cinéaste en profite également pour égratigner l'obscurantisme religieux de nos voisins du sud au passage, sans trop en rajouter. L'interprétation des jeunes acteurs est un peu mieux que la moyenne des films pour ados, et les personnages sont suffisamment crédibles pour nous intéresser. Enfin, la dernière partie réserve son lot de surprises, ce qui permet d'achever le visionnement sur une bonne note. Ce n'est pas mémorable, et on est loin d'un vrai renouvellement, mais c'est quand même pas mal, et c'est beaucoup moins prétentieux que la série des Final Destination.

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